CHALCIDICVM

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LATRINA commentaires

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HORTVS

CVBICVLVM

Mercredi 28 février 2007

Puisque Franck était décidé, Mathilde acquiesça. Cette décision de recourir à l’hypnose l’avait d’abord fort surprise ; elle associait d’emblée à cette pratique l’idée d’un type, aux cheveux gominés et à la fine moustache, persuadant un homme de son appartenance à la famille des gallinacés : « Quand je claquerai des doigts, vous serez un poulet ! »

Mais Franck avait su trouver les mots justes ; il lui parla d’un psychiatre très réputé qui parvenait, en quelques séances, à faire disparaître définitivement toutes sortes de phobies, comme la peur des araignées ou toutes sortes de vices, comme le tabagisme. Cependant ce qui intéressait Franck, c’était la possibilité de modifier, par la suggestion hypnotique, sa sexualité.

Mathilde était jolie, grande, avec de longs cheveux ondulés noirs comme la nuit ; son caractère était emprunt de douceur et de joie de vivre. Franck l’aimait depuis quelques années déjà, d’un amour sincère, mais d’un amour platonique car, sexuellement, seuls les hommes l’attiraient et le fascinaient. Mathilde, très éprise de lui, avait joué de tous ses charmes pour le détourner des mâles, en vain.

- Grâce à l’hypnose, nous allons enfin pouvoir nous marier, affirma Franck. Est-ce que tu veux toujours de moi, Mathilde chérie ?

- Quelle question ! s'amusa Mathilde.

Cela faisait maintenant six mois que Franck se faisait hypnotiser régulièrement. Lui et Mathilde partageaient un petit appartement parisien confortable et dormaient dans le même lit. Dormir était en effet tout ce qu’ils y faisaient. Les goûts et l’attitude de Franck apparemment ne se modifiaient en rien. Penaud, il s’en excusait presque chaque soir auprès de Mathilde qui, patiente, se blottissait dans ses bras pour y passer la nuit en l’assurant que c’était normal, que ça ne pouvait pas venir comme ça, du jour au lendemain.

Un jour où Mathilde se sentait fiévreuse, elle quitta son bureau à la mi-journée pour rentrer se reposer. A peine eut-elle entrouvert la porte d’entrée qu’elle entendit des rires et des gémissements de plaisir émanant de la chambre à coucher, qui en cet instant semblait porter son nom à la perfection. Un homme ! Il avait osé ramener un homme dans leur lit ! Mathilde, l’intention assassine, se précipita sur les lieux du délit où elle découvrit, stupéfaite, une longue chevelure dorée à cheval sur Franck.

L’hypnose l’avait bel et bien rendu hétérosexuel, mais, nul n’est parfait, il préférait les petites blondes.

© Antinoüs. Ce texte ne peut être reproduit sur aucun support autre que ce présent blog sans mon autorisation explicite. Merci.

par Antinoüs publié dans : Courts-récits
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Mardi 27 février 2007

« J’espère que tu continues à écrire le roman que tu as commencé. J’espère également que j’y tiens une place importante, sinon ça va aller très mal... Je veux être le héros incontesté et incontestable de ton livre ! » (extrait d’une lettre de Mathieu, le 24 décembre 1993)

Printemps 1993. Il aurait été si aisé de subtiliser à nouveau des anxiolytiques dans la pharmacie de ma mère afin de répondre à la désaffection de Cédric par de l’indifférence ! Mais, je m’étais promis de me battre pour réussir cette deuxième année de seconde et ainsi obtenir une place en première E.S., anciennement première B. Or, je savais que les médicaments m’abrutiraient trop pour y parvenir. Presque d’instinct, je trouvai la parade qui m’aiderait à affronter le regard d’autrui, qui était devenu si pesant, et me permettrait de trouver de cette manière un certain réconfort, que l’isolement me refuserait, auprès de mes camarades. J’allais amuser les autres, devenir l’attraction de la classe, braquer les projecteurs sur moi qui, pourtant, aurait tellement souhaité devenir un fantôme. Bref, je prendrais le contre-pied de ce que je désirais.

Je mis ma plume au service de récits mettant en scène des versions parodiques des professeurs et des élèves. Ces histoires circulaient sous le manteau, me rapportant des compliments ou, du moins, des rires bienveillants et complices, y compris de la part de Cédric. On m’en réclamait toujours de nouvelles et je consacrais tous mes loisirs à les écrire, me délectant par avance, en imagination, des réactions de mes pairs à chacune de mes trouvailles. Pour la première fois de ma vie, je devinais quelle était ma réelle vocation : écrire et concevoir de quoi divertir les gens. Je ne trouvais aucun attrait à la gloire académique ; je rêvais d’être un jour publié et lu par le plus grand nombre, non pour obtenir un prix littéraire ou être étudié à la fac, mais pour amuser la galerie, changer les idées de mes lecteurs en les faisant sourire, en leur faisant peur, en les surprenant. Je voulais être un amuseur public, un raconteur d’horreurs, un orfèvre du suspense. Et non un écrivain.

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis fidèle à cette perspective : j’aimerais pouvoir vivre de mes inventions littéraires et de mes concepts, non parce que je songe à devenir riche et célèbre, mais parce que le temps que je ne perdrais pas au travail, je le consacrerais à apporter un peu de distraction, un peu de rêve à mes contemporains. Ou, plutôt, mon travail consisterait à distribuer du bon temps autour de moi. Après les pompiers et les infirmières, mes héros des temps modernes sont, ente autres, Stephen King, Muriel Robin, Dorothée, Alexandre Dumas, Jennifer Saunders, Greg, Pierre Desproges, David Jacobs et Gotlib.

Ma popularité devint telle que j’osais me mettre moi-même en scène, exploitant ainsi un modeste don pour la comédie que ma timidité édulcorait. J’étais alors tombé sous le charme du film de 1986 d’Adrian Lyne intitulé 9 semaines ½. Le charme de Mickey Rourke, qui avait encore un visage, était tel que je fantasmais en m’imaginant à la place de Kim Basinger. A force de visionner la cassette VHS, je connaissais les dialogues par cœur. Un jour, en classe, entre deux cours, j’improvisai une réplique du ténébreux personnage, celle dans laquelle il dit à Kim qu’il veut prendre soin d’elle, qu’il veut la laver, l’habiller, la coiffer, la porter, etc. Applaudissements des filles et sifflements osés des garçons, loin de me mettre mal à l’aise, m’encouragèrent dans cette voie. Conscient de n’être qu’un piètre acteur, je comprenais aussi que les acclamations étaient sincères : autrefois, à l’école, on riait de moi ; désormais, on riait avec moi. Régulièrement, on me demandait de jouer une nouvelle scène, je me laissais prier, les yeux baissés, l’air faussement modeste, attendant, que tous soient bien en cercle autour de moi. Puis, je faisais mon Mickey Rourke dont mes camarades féminines les moins inhibées prétendaient en riant vouloir être la Kim Basinger.

J’étais dorénavant invité à tous les goûters, à toutes les sorties, à toutes les fêtes. On me louait aussi comme délégué de classe depuis que j’osais « affronter » les professeurs pour faire valoir les intérêts de mes camarades. Ce rôle de délégué me permit de faire un petit voyage de deux jours, dans un château dont j’ai depuis oublié la localisation et le nom, à l’occasion d’un stage de formation des délégués. Tous les élèves constatèrent avec satisfaction la fumisterie : non seulement, ce stage avait lieu au mois de mai, ce qui était un peu tard pour nous former, mais en plus, les professeurs, le principal-adjoint, les surveillants et les élèves se livrèrent à un remake du festival de Woodstock, 24 ans après et en miniature.

C’est là que je fumai ma première cigarette. La popularité me montant à la tête, il me semblait que celle-ci serait à son comble si à l’avenir je traînais devant le lycée, ma clope négligemment à la main. L’exemple de mon père et le souvenir de l’hôpital auraient dissuadé n’importe qui de se mettre à fumer. Mais, je n’avais plus peur de rien ; après tout, je revenais de loin, j’aurais pu prendre des anxiolytiques jusqu’à m’en griller tous les neurones. Je me considérais donc en sursis, heureux de l’être, et le danger que représentait le tabagisme me parut soudain dérisoire. C’est une camarade de l’année précédente, que je retrouvais à cette occasion, qui m’offrit mon premier petit bâtonnet à cancers, après m’avoir signifié que je faisais une connerie. Je déchantai bien vite : je me mis à tousser comme un tuberculeux. J’imaginai que coller sa bouche au pot d’échappement d’une voiture devait être tout aussi plaisant. Après trois bouffées, je renonçai, on verrait l’an prochain, éventuellement.

Ca fumait notamment du tabac, ça buvait la bière que certains élèves avaient apporté en douce, ça se galochait et ça se pelotait dans tous les recoins, ça riait à se faire péter les cordes vocales. Bref, on s’amusait bien. Mais quand le soir arriva, ma timidité reprit le dessus et je ne m’imaginais pas me déshabiller et me doucher devant des garçons que je connaissais à peine. Pour éviter d'avoir à me coucher, je me fis enrôler dans la brigade d’élèves-gardiens-de-nuit, une idée des adultes responsables qui voulaient sans doute dormir en paix. Notre rôle consistait à rester éveillé pour s’assurer qu’il n’y eût pas d’incidents durant la nuit : bagarres et sorties hors du château. Je sympathisai rapidement avec un camarade volontaire et nous bavardâmes toute la nuit, en faisant nos rondes ensemble dans les dédales du château assoupi qui sentait la pierre humide.

Vers 4 heures du matin, tandis que nous passions devant une chambre, nous entendîmes des éclats de voix et des rires : « Faites chier ! Je dormais ! Lâchez-moi ! » L’esprit empli de Spider-Men et de Zorros, nous intervînmes immédiatement. Ce que je vis me coupa le souffle bien plus que n’aurait pu le faire une cigarette : dans un lit, qu’entouraient quatre gars de terminale visiblement ivres, était assis un garçon, torse nu, retenant un drap entre ses cuisses pour cacher ce que son caleçon, retiré de force par l’un des « grands », ne dissimulait plus. En fait de garçon, j’eus l’impression de voir un jeune éphèbe échappé d’une mythologie antédiluvienne. Le souvenir de peintures de David et de Delacroix me traversèrent l’esprit. Avais-je devant moi une œuvre d’art à laquelle un dieu fasciné par les corps des jeunes hommes aurait insufflé la vie ? Les muscles fins et longs de cet adolescent à la bouche enfantine et aux cils interminables arrondissaient une peau légèrement hâlée, satinée, et rendue visiblement moite par la chaleur du dortoir d’où se dégageait des odeurs de transpiration et de sperme.

Nous fîmes sortir sans manière les perturbateurs qui malgré leur nombre et leur taille se laissèrent faire, trop éméchés pour se défendre efficacement. De l’encadrement de la porte, je lançais son caleçon à ce bel inconnu, que j’avais sûrement déjà croisé dans les couloirs du lycée, mais que, étonnement, je n’avais jamais remarqué.

– Merci ! Ces cons m’ont réveillé. C’est cool d’être intervenu, me dit-il, repoussant d’un geste ses longues mèches dorées colées sur son front par la sueur.

– On est là pour ça, répondis-je dramatiquement, comme l’aurait fait Superman après avoir sauvé Loïs Lane des mains de Lex Luthor.

Le « stage » se termina sans que nous ayons l’occasion de nous rencontrer de près à nouveau.

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A mon retour, une surprise m’attendait : mes camarades de classe avaient fait circuler une carte sur laquelle ils avaient tous écrit un petit mot pour mes 18 ans. De surcroît, ils avaient eu la touchante idée de la faire signer à la prof de français que j’idolâtrais et qui, à mes yeux, alliait le charme et l’intelligence comme aucune femme ne l’avait jamais fait avant elle. J’étais si euphorique en voyant cela que j’appris sans le vouloir son petit message par cœur. Bizarrement, aujourd’hui, je m’en souviens encore à la virgule prêt, comme s’il s’agissait d’un poème ou d’une fable de La Fontaine : « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Ni même dix-huit, j’espère ? Parce que du sérieux, on passe souvent au grave pour aboutir au lourd. Bref, je vous souhaite d’être préservé de toute pesanteur. » 

Galvanisé par cette réussite sociale auprès de mes pairs et par la personnalité de cette prof, j’obtins au troisième trimestre la meilleure moyenne de français et, du même coup, mon passage dans la première de mon choix.

Juillet 1993. Mon entrain retomba comme un soufflé. Coincé entre mon père qui ne fumait plus, mais qui se saoulait encore tous les jours, et ma mère aux humeurs hystériques et instables, il n’y avait plus personne pour me lire, pour m’applaudir, pour me parler. Je n’ai presque aucun souvenir de cet été-là. Avais-je pris des anxiolytiques pour parer à ma solitude ? Peut-être. Cela expliquerait ma mémoire défaillante.

Le seul événement dont je me souvienne se situe au mois d’août : je découvris enfin les joies de la masturbation. Mes lectrices comprendront peu en quoi ceci peut constituer un « événement » dans la vie d’un garçon, seuls mes lecteurs deviendront songeurs en lisant ces lignes, repensant à cette petit étape de leur vie qui marqua à jamais leur sensibilité.

L’élément déclencheur fut une émission radiophonique pour adolescents, Love in fun, dans laquelle un médecin expliquait souvent l’onanisme aux auditeurs qui l’appelaient pour le lui demander, en ayant recours à des termes abstraits et abscons. Un soir, son jeune acolyte se décida à lui faire remarquer qu’il répondait toujours à côté de la plaque, dans le style : « Quand tu seras prêt, tu sauras comment te masturber, cela ne s’apprend pas, ne t’inquiète pas, il n’y pas d’âge pour commencer, etc. » Le jeune homme, sous les « oh ! » médusés mais amusés du docteur, expliqua comment il fallait procéder, mécaniquement, en appelant un chat « un chat ». Je compris alors que mon erreur résidait dans le temps que je m’accordais pour atteindre l’orgasme : je m’étais simplement imaginé que l’éjaculation devait se produire une ou deux minutes après avoir commencé le va-et-vient de la main.

Ce soir-là, me laissant tout le temps nécessaire, songeant successivement à Cédric, à Mickey Rourke et à ce beau délégué sans caleçon, je connus le plaisir intense qu’un homme est capable de se procurer seul. Cela devint alors pour longtemps mon loisir favori auquel je m’adonnais chaque jour autant de fois que mon emploi du temps me le permettait.

La rentrée arriva. J’espérais ardemment retrouver un grand nombre des mes camarades de l’année précédente. Je n’en retrouvais que quelques uns ; Cédric n'en faisait évidemment pas partie puisqu’il avait choisi d’aller en première S. Dans une optique égocentrique, je constatai une fois encore que Dieu ou le destin – je n’étais pas encore bien certain de savoir ce en quoi je croyais ou non – jouait avec moi au chat et à la souris : le mystérieux inconnu dont j’avais protégé le sommeil et la pudeur se retrouvais dans ma classe. Il se prénommait Mathieu. Après les malheureuses expériences de Damien et de Cédric, conscient de ce que le garçon du château provoquait en moi, je savais que, si je ne voulais pas devenir homo et souffrir d’une attirance sans retour, je devais l'éviter impérativement.

© Antinoüs. Ce texte ne peut être reproduit sur aucun support autre que ce présent blog sans mon autorisation explicite. Merci.

par Antinoüs publié dans : Autobiographie
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Lundi 26 février 2007

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Chers Visiteurs de mon Sanctuaire, j’ai un aveu à vous faire. J’ai honte. Parce que j’aime les chevaux. Sans selle. Je veux dire sans sel. Crus, comme ça, hachés, à même le papier d’emballage du boucher. Je sais que c’est mal, je n’en suis pas fier, mais je n’y peux rien : depuis longtemps le cheval, c’est mon dada.
Dans les milieux autorisés, on dit que je suis hippophage. Hippophage. Ca sonne comme une perversion, presque comme une insulte. Eh ! Va donc, hippophage ! Pourtant mes proches disent de moi : « C’est pas le mauvais cheval ».
J’ai honte, mais je ne puis m’en passer. Le steak de cheval est la plus belle conquête de mon assiette.
« N’as-tu donc aucune sensibilité, Antinoüs ? » essayait de me raisonner l’autre jour un ami médecin, grand chercheur en maladies neurologiques, qui passe ses journées à brancher des électrodes sur des petits cerveaux palpitants de singes et de chatons, après les avoir soigneusement trépanés.
« Tu d’vrais arrêter, franchement, c’est dégueulasse » tentait de me convaincre, hier encore, mon beau-frère, qui n’est pas du genre à couper les chevaux en quatre. J’aurais bien voulu lui promettre d’essayer, du moins d’y penser, mais je n’en ai pas eu le temps : il était impatient de partir à la chasse, ayant promis à son épouse de la biche au dîner pour leurs cinq ans de mariage.
Heather (prononcer « iseur », pour ceux qui ignorent la langue de Shakespeare - prononcer « checspir »), Iseur, donc, une amie mannequin m’a proposé de m’accompagner aux H.A. (Hippophages Anonymes). Iseur, c’est une crème. Et puis elle est belle, toujours bien mise, bien maquillée. Faut dire qu’elle ne met pas n’importe quoi comme maquillage : avant que son mascara n’allonge si harmonieusement ses cils, les cosmétologues ont dû en faire pourrir des paupières de lapin ! Enfin, Iseur le vaut bien.
Dimanche, j’ai rencontré mon boulanger à l’église. Il sait que j’achète du cheval, ça parle entre commerçants. Très à cheval sur les principes de notre curé de quartier, il m’a fait remarquer après le sermon : « Vous savez, je dis ça comme ça, mais les chevaux sont aussi des créatures du bon Dieu ». Son épouse, chaudement emmitouflée dans sa fourrure de renard des neiges appuya la remarque de son mari en opinant.
Mais tout le monde a beau monter sur ses grands chevaux pour me faire des remontrances, c’est plus fort que moi. Il me faudrait un remède de cheval, mais il n’en existe pas. Alors, aujourd’hui encore, je me suis rendu à la boucherie chevaline. Avez-vous remarqué que celles-ci sont de moins en moins nombreuses ? J’appréhende le jour où il n’y en aura plus une seule et où je devrai acheter ma viande de cheval chez un boucher spécialisé en viande bovine, qui aura la bonté de réserver dans sa chambre frigorifique une rayon chevalin pour les détraqués comme moi. Dès lors, il me sera impossible de me cacher : il me faudra commander ma bidoche préférée devant les regards réprobateurs des clientes fardées et outrées.
Ce matin, donc, malgré une très forte fièvre (non, je ne vais pas me laisser aller à un calembour facile et calamiteux, ce n’est pas mon genre), je me suis rendu à la boucherie chevaline où j’ai mes habitudes et dont le propriétaire est un ancien vétérinaire spécialisé en hippiatrie, reconverti en boucher après qu’un cheval alezan lui a fait un procès pour erreur médicale. En passant, j’en ai profité pour aller au bureau de tabac. Pour faire un tiercé. Bah, oui, je sais qu’il ne faut pas jouer avec la nourriture. J’ai honte. J’ai honte !

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par Antinoüs publié dans : Courts-récits
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Vendredi 23 février 2007

Je vois vraiment pas l’intérêt d’être bilingue ! A moins de rencontrer un mec qui a deux pénis...

par Antinoüs publié dans : Brèves
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Vendredi 23 février 2007

Je suis plongé dans l’Univers Marvel (1) depuis que je suis gamin. Ca a dû commencer avec les vieux dessins animés des Quatre Fantastiques et de L’Araignée (2) diffusés dans Croque Vacances. Je me souviens aussi avoir lu quelques B.D. de Thor, le dieu d’Asgard, et de Hulk dans le magazine Télé Junior. Et puis, évidemment, je me suis mis aux comics (3) Marvel via les éditions Lug, grâce aux pochettes promotionnelles (4) dans lesquelles on trouvait des Strange, des Spécial Strange, des Nova et des Titans. A ce stade de mon article, si vous ne comprenez pas une seule de mes références, vous êtes autorisés à arrêter là, je comprendrai.

La première chose qui m’a fasciné dans cet univers, c’est justement qu’il s’agit... d’un univers ! Il a beau comprendre des centaines de personnages, il n’y en a pas un qui lève le petit doigt sans que cela ait des répercutions plus ou moins importantes dans une autre série que la sienne. De plus, contrairement aux personnages des B.D. franco-belge (que j’apprécie beaucoup, au demeurant), ceux de l’univers Marvel vieillissent et évoluent, tirant leçon de leurs expériences auxquelles les scénaristes, qui se succèdent sur les séries, ne manquent pas de faire allusion pour assurer la continuité. Enfin, les personnages de Marvel ont une vie privée, souvent tout aussi importante pour les scénarii que leur carrière de héros aux super-pouvoirs. Bref, l’Univers Marvel est unique dans le monde de la bande-dessinée, car elle constitue une véritable mythologie moderne, avec des ramifications interminables, des liens de parenté improbables, des causes et des conséquences qui traversent les aventures des différents héros.

Après avoir découvert les éditions Lug dans les pochettes promotionnelles, je me suis fait offrir des abonnements à Strange et à Nova, goûtant un peu plus à chaque numéro les péripéties de Tony Stark (alias Iron Man) sombrant dans l’alcoolisme ; de Rom le chevalier de l’espace qui a renoncé à son humanité pour défendre l’univers contre les Spectres Noirs ; des X-Men, ces mutants affrontant les préjugés et les discriminations de la société, dans laquelle il essaient de trouver leur place, pour avoir les même droits que tout le monde (Tiens ! ça ne vous rappelle rien ?), etc.

Si j’ai décroché dans les années 90, c’est d’abord parce que , objectivement, les scénarii étaient en baisse de qualité. Ensuite, mes hormones me titillaient et j’étais déçu de m’apercevoir que la vie privée de Peter Parker s’arrêtait au seuil de sa chambre. Enfin, subtilement, j’ai fini par être agacé de voir tous ces beaux gosses musclés exclusivement attirés par des super-héroïnes aux gros seins.

Quelle ne fut pas ma surprise, au début des années 2000, en apprenant que Véga (5) venait de faire son coming out ! Oui, ce beau mutant ténébreux qui vole à le vitesse de la lumière, annonce devant les caméras, après avoir remporté un énième trophée de ski, qu’il est gay ! Depuis, les personnages gay (super-héros ou non) pleuvent dans l’univers Marvel. En fait, ils ont toujours été là, mais les scénaristes se gardaient bien d’être explicites à une époque où la chose aurait été mal vu par les médias. Me raccrochant au train à partir de 2003, je m’aperçois non seulement que les scénarii ont gagné en profondeur (6), mais aussi que les personnages ont gagné en crédibilité grâce au gommage de certains tabous. Bref, c’est « gagnant-gagnant », comme dirait une certaine dame pour qui il faudra peut-être voter afin de contrer un certain opportuniste assoiffé de pouvoir, mais ça n’a rien à voir avec mon sujet, désolé.

Oui, super-héros rime avec libido comme le prouve la planche suivante qui met en scène Jan van Dyne (alias la Guêpe) et son ex-époux Hank Pym (alias l’Homme-fourmi) ? Celui-ci utilise son pouvoir de modifier sa taille non pas pour combattre un ennemi, mais pour... donner du plaisir à sa chère et tendre !

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Et, comme je vous le disais plus haut, les personnages gay ne sont pas en reste. Dans l’extrait suivant, Billy (alias Wiccan) et Teddy (alias Hulkling), couple d’adolescents, se demandent s’ils ne devraient pas avouer à leur parents qu’ils font partie de l’équipe des Jeunes Vengeurs avant que Captain America ne le fasse à leur place. Alors que Billy s’apprête à dire aux siens qu’il possède des super-pouvoirs, un quiproquo inattendu survient...

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Magazines en kiosques que je vous conseille : Marvel Icons, Spider-Man (à ne pas confondre avec Spider-Man magazine !), Marvel HeroesSuperman & Batman (ce dernier titre, c'est l'Univers DC et non Marvel), le tout édité chez Panini Comics. 

(1) univers constitué par l’ensemble des séries de super-héros éditées chez Marvel

(2) traduction de Spider-Man dans les années 70

(3) B.D. nord-américaines

(4) pochettes à 20 francs comprenant quatre ou cinq magazines invendus, dans les années 80

(5) alias de Jean-Paul Beaubier, membre de la Division Alpha (Alpha Flight), équipe de super-héros canadienne

(6) Par exemple, certains scénarii critiquent ouvertement le gouvernement Bush en faisant réfléchir le lecteur sur l’ingérence internationale !

par Antinoüs publié dans : B.D.
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Jeudi 22 février 2007

Lettre de moi à Cédric

lundi 4 novembre 1996

Cher Cédric,

Je n’irai à la fac que cet après-midi, je profite donc de mon temps libre pour t’écrire une lettre que je n’aurai peut-être jamais le courage de t’envoyer. Dans le cas contraire, tu dois être fort surpris de me lire, après des années sans que nous ne nous soyons vus, à part jeudi dernier bien sûr. Quelle agréable surprise de te rencontrer à Blois, à l’occasion de ces épreuves de sélection du Service National ! Je suis encore désolé que tu n’aies pas été exempté malgré ta vue défaillante. Dans le train du retour, tu as insisté pour connaître le motif de mon exemption. Si je n’ai pas voulu te répondre, c’est parce que j’étais un peu gêné. Maintenant, je veux  bien te le dire : je vois un psychiatre depuis un an et demi. Quelles qu’en soient les raisons, cela suffit pour se faire exempter en ce crépuscule du Service Militaire français ! 

Mais il est évident que ce n’est pas pour ça que je t’écris. En fait, je ne sais par où commencer. Je me sens nostalgique, j’ai envie d’évoquer des souvenirs.

La première fois que j’ai entendu parler de toi, c’était en classe de 3è, par la bouche de Samira. Sais-tu qu’elle et moi sommes amis depuis l’âge de huit ans ? A cette époque, j’étais très épris d’un garçon qui s’appelait Damien (je ne te dévoilerai pas son patronyme, au cas où tu l’aurais connu), et j’ai essayé de me mentir, de me persuader que j’aimais les filles. Pour cela, je suis sorti avec une jolie nana... pendant environ une heure ! Après quoi, je n’ai jamais cherché à la revoir. Autre tentative : j’ai essayé de me convaincre que la profonde amitié fraternelle qui nous unissait, Samira et moi, pouvait être de l’amour. Je lui ai proposé de devenir ma petite amie. Elle m’a gentiment éconduit en me disant qu’elle était amoureuse d’un garçon de sa classe, prénommé Cédric.

Dès le lendemain, jaloux par possessivité, j’ai mené ma petite enquête pour savoir de qui il s’agissait et s’il était suffisamment convenable pour Samira. Subtilisant le cahier de texte de votre classe, j’y ai trouvé ton nom de famille, puis je me suis renseigné auprès de mes camarades pour savoir si quelqu’un te connaissait. C’est ton copain d’alors, Eric, qui m’a montré qui tu étais un jour où nous nous sommes croisés dans un couloir. Je n’ai pas tardé à raconter à Damien que c’était injuste, que tu étais franchement banal (malgré ta ressemblance évidente avec Tom Cruise) et que je ne comprenais pas pourquoi Sam te préférait à moi. Pourtant, chaque fois que je te voyais arriver au collège sur ton vélo, avec ton pull saumon, je ne pouvais m’empêcher de te regarder, avec cet indéfinissable plaisir que l’on a en observant ce qui est beau.

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Nous étions au printemps et le cross annuel du collège allait avoir lieu. J’ai décidé de m’entraîner afin de ne plus arriver parmi les derniers et impressionner Damien. Celui-ci croyait que c’était Samira que je voulais impressionner. Il ignorait, tu l’auras compris, ce que j’éprouvais pour lui. Pendant un mois, je n’ai plus utilisé les ascenseurs de mon immeuble (je te rappelle que mes parents habitent au 17ème étage) et j’ai pu cueillir les fruits de mes efforts en arrivant dixième, plusieurs place devant toi qui a toujours été plus sportif que moi. En nage, Samira et moi sommes rentrés chez nous, elle ne semblait plus faire attention à toi et ne cessait de me féliciter. T’avoir battu me procurait une grande fierté à laquelle je n’étais pas habitué, tant l’estime que je me portais était malingre. Ma joie ne fut que d’une courte durée puisque, sans que je sache jamais pourquoi, Samira me bouda ensuite pendant presque une année entière, comme elle l’avait déjà fait en 6ème. Mais ceci est une autre histoire.

Eh bien, voilà, à ce stade de ma lettre, je t’ai révélé mon homosexualité, comme si cela allait de soi. Il n’en est rien : à part mon psy, très peu de gens le savent. J’ai beaucoup de mal à l’assumer, je vis avec la sensation d’être haïssable, comme me l’a appris ma mère le jour où elle a dit devant moi à mon frère et à ma belle-sœur : « Si j’avais un fils drogué ou pédé, il pourrait faire sa valise tout de suite, je ne le connaîtrais plus. » Je devais avoir onze ou douze ans lorsqu’elle a dit ces mots qui m’ont marqué au fer rouge. Enfin, je ne t’écris pas pour m’apitoyer !

Te souviens-tu, mon cher Cédric, de la première fois que tu m’as parlé ? C’était lors de notre première classe de seconde. Nous avions en commun les cours de français et d’espagnol. Un jour, tu t’es assis à côté de moi. Je me sentais troublé et exaspéré par ce « rival » qui semblait avoir la prétention de me fréquenter. Au beau milieu du cours, tu m’as dit : « Prête-moi ta gomme, p’tit con. » J’étais tellement estomaqué que je t’ai filé ce que tu me demandais sans broncher. A partir de ce jour, tu n’as cessé de me taquiner (en me faisant rougir quand je répondais à une question de la prof d’espagnol, par exemple) et de m’appeler « p’tit con ». Ayant été habitué par le passé à être harcelé par des camarades de classe, je le prenais très mal et perdait patience un peu plus chaque jour.

Je me suis emporté lors d’un cours d’Education physique. Nous courrions côte à côte autour du stade quand tu as fait mine de me pousser dans une grande flaque d’eau. Te souviens-tu de ma colère ? J’étais furieux, je t’ai hurlé dessus pour te demander pourquoi tu étais toujours après moi. Tu m’as répondu, visiblement embarrassé et surpris de ma réaction, que tu étais désolé, que c’était ta façon d’être avec les copains que tu aimais bien. Ainsi, tu m’aimais bien ! Sans le savoir, tu venais de faire mouche en plein dans mon cœur, tant j’étais avide d’affection. A partir de ce moment, je trouvais chaque jour un peu plus d’agrément en ta personne, jusqu’à te trouver beau, aussi bien moralement que physiquement. Mais, j’ignore pourquoi, je n’ai plus beaucoup de souvenir de cette année-là. Je me rappelle simplement que lorsque j’ai su que tu redoublais toi aussi la seconde, je me suis mis à souhaiter pendant tout l’été que nous nous retrouvions dans la même classe.

En septembre 1992, nous nous sommes effectivement retrouvés dans la même classe, tu en as eu l’air aussi satisfait que moi. Au début, c’était merveilleux, nous étions toujours ensemble. Tu semblais ne pas pouvoir te passer de moi : où que tu allais, tu me disais de t’accompagner. Cette franche camaraderie que tu m’offrais me réconfortait et me donnait le courage de résister à la tentation de revoir Damien.

Plus le temps passait et plus je te trouvais extraordinaire. Je me rappelle d’un jour où ton ami Eric a dit que les pédés étaient des tarés, que ce n’était pas normal d’être comme ça. Aussitôt, j’ai pensé à Damien, aux propos de ma mère, et me suis mis à rougir. Avant que quiconque s’aperçoive de mon embarras, tu as détourné l’attention en remettant Eric à sa place. Tu lui as dit que les homo étaient des gens comme tout le monde, en lui exposant des arguments très censés que je ne possédais pas moi-même. Pendant quelques instants, j’ai commencé à croire que si j’étais homosexuel, ce ne serait pas si grave que ça. Ces premiers moments d’indulgence envers moi-même, c’est à toi que je les dois. Cela n’a fait que me conforter dans les sentiments de plus en plus forts que j’éprouvais pour toi, quoique platoniques.

C’est alors que quelque chose à craqué en moi. Je me suis mis à me sentir très mal à l’aise face aux gens, surtout face à toi. Qu’on me regarde et qu’on m’écoute me donnait envie de fuir, tant je me trouvais insignifiant. Cette relation entre nous qui avait été jusqu’alors spontanée ne l’était plus. Il m’arrivait de passer des nuits blanches à réfléchir pour le lendemain à des sujets de conversation qui puissent t’intéresser, à des plaisanteries qui te feraient rire, aux vêtements qui pourraient me mettre en valeur et détourner l’attention de mon acné. J’éprouvais ce malaise non seulement vis-à-vis de toi, mais aussi vis-à-vis de tous nos camarades de classes que nous fréquentions, et je devais composer pour tenir le coup, me préparer à l’avance à parler aux gens, comme un lutteur se prépare à combattre.

J’ai sombré dans une espèce de peur des autres qui me faisait commettre pas mal de maladresses à ton égard. Tu as nécessairement senti que quelque chose clochait, c’est pourquoi, je suppose, tu as mis de l’espace entre nous, en te montrant particulièrement brusque. Je me souviens notamment de ce jour où, pour flatter ton goût de l’aviation, je t’ai fait un superbe dessin d’avion militaire. Sans explication, tu as semblé irrité par mon cadeau et me l’as rendu en me disant qu’il était moche, que tu n’en voulais pas. Je l’ai froissé et jeté dans la corbeille à papiers de la classe. Ce que tu ignores c’est que quelques temps plus tard, j’ai vu dans ton classeur, dans une pochette plastique, mon dessin soigneusement mis à plat : tu avais été le récupérer dans la poubelle à mon insu ! Cette anecdote est très caractéristique de ta personnalité que je n’ai jamais pu cerner. Je ne comprenais pas plus tes accès de gentillesse que ton mépris occasionnel.

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Cet éloignement progressif entre nous n’a fait que renforcer mon sentiment d’infériorité et d’exclusion. Ce n’est que l’année suivante, en rencontrant Mathieu (vois-tu de qui je parle ?) que j’allais sortir la tête de l’eau, fonçant tête la première entre les griffes de ce garçon égoïste et hypocrite.

Voilà une bien longue lettre. Et tu ne sais toujours pas pourquoi je t’écris. Moi non plus, rassure-toi. Ce n’est pas pour te faire culpabiliser quant à la façon dont tu m’as laissé tomber, ni pour te déclarer ma flamme. Simplement parce que j’avais envie de te dire que, même si tu n’étais pas parfait, tu es le premier à m’avoir fait envisager que l’homme de ma vie, si j’ai la chance de le rencontrer un jour, ne devait pas seulement m’attirer physiquement, mais aussi et surtout, sans être parfait, posséder des qualités morales que je puisse admirer et des valeurs que nous puissions partager.

Comment finir une telle lettre ? En te disant que je regrette que nos « trois jours » n’aient pas réellement duré trois jours et que, jeudi soir, je me sentais mélancolique ?

Bien à toi.

Cette lettre ne fut jamais expédiée.

© Antinoüs. Ce texte ne peut être reproduit sur aucun support autre que ce présent blog sans mon autorisation explicite. Merci.

par Antinoüs publié dans : Autobiographie
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Mercredi 21 février 2007

En décembre 1999, je comprenais déjà que trop réfléchir nuit gravement au bonheur. Ce que j'avais cru longtemps être des bénédictions de la nature, la lucidité et la réflexion, me sont apparues alors comme une croix à porter, la cause d'un gâchis de l'instant présent, un danger pour mon futur. C'est alors que j'ai essayé de l'exprimer à travers ce poème... naïf. Mais, la naïveté n'est-elle pas parfois un avantage ?

Une étoile est une larme de neige

Sur une joue d'ombre et d'asphalte.

Un astronome sur un manège

Chevauchait des nombres sans halte,

S'agrippait au cou du deux chevalin,

Se balançait sur l'échine du six,

Menotté par le huit vicieux et taquin,

Voltigeait entre zéro et dix.

Hélas ! l'étoile lasse s'est effondrée,

Géante rouge, naine blanche, morte déesse

Ennuyée de brûler et de soupirer

Pour un soupirant ne songeant sans cesse

Qu'à la distance qui les sépare :

« Combien ? Combien ? Combien ? »

Plus besoin de compter, l'étoile en a eu marre,

L'étoile n'est plus rien

Que des larmes de poussières.

L'astronome est tombé à genoux en prière.  

Ce poème auquel on pourrait trouver des accents pessimistes est en réalité un message d'espoir et un « conseil bien-être » : nul besoin de se torturer l'esprit pour jouir de l'instant présent... bien au contraire !

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Jeudi 8 février 2007

« Vous avez lu Jane Eyre de Charlotte Brontë, intégralement ? » insiste le littéraire du jury, avec un sourire dubitatif. Puis, il essaie de me coincer, en me posant des questions de plus en plus précises. Il n'en revient pas, il ne doit pas avoir l'habitude de rencontrer des élèves de 3è qui lisent des pavés de la littérature anglaise sans y avoir été contraints. Ne lui en déplaise, ce livre est et restera l'un de mes romans préférés.

- Vous cuisinez ? m'interroge un autre membre.

- Oui, régulièrement, j'aime ça, mens-je effrontément.

- Vous savez faire quoi ?

Je lui déballe un menu qui ferait saliver un ascète. A nouveau ce sourire « Ne me prends pas pour un imbécile, petit con. » Il me cuisine à son tour, me demandant de lui détailler la préparation d'un plat que j'ai cité. Cela ne me pose aucun problème : avant de venir à cet entretien, j'ai appris par coeur plusieurs recettes et termes techniques. Dans de nombreux domaines, la théorie m'a souvent permis de compenser mon manque de pratique. Je peux disposer, ils me félicitent (je ne comprends pas vraiment de quoi) et me disent qu'ils auront plaisir à me retrouver l'an prochain, si je ne change pas d'avis.

Plutôt facile, cette entrevue pour intégrer la section hôtellerie du lycée professionnel. Plutôt sympa, les profs. Pourquoi irais-je m'embêter en seconde générale, alors qu'ici j'apprendrai immédiatement un métier et me rapprocherai bien plus vite du moment où je gagnerai ma vie et pourrai fuir ma mère ? Prof de français ? Quelle bonne blague ! Je ne l'avais jamais envisagé sérieusement, allons ! La grammaire, les bouquins... Merci bien ! Tandis que la cuisine a toujours été mon truc, évidemment. Je n'ai jamais fait cuire des pâtes, mais je sais que ça me plaît. Bon, et puis, admettons que je ne sois pas passionné par la cuisine. C'est un métier comme un autre, et j'apprendrai à l'aimer. De plus, en hôtellerie, je serai avec Damien.

Nous étions en slips, pour prendre mutuellement nos mensurations avec un mètre de couturier, dans le seul but de crâner, quand Damien lança cette idée, sur un ton cajolant : « Ce serait trop cool, si tu venais avec moi pour faire hôtellerie. Ensuite, nous pourrions ouvrir ensemble notre restaurant ! » A mes yeux, c'était ni plus ni moins une demande en mariage. Notre restaurant constituait la garantie de ne pas être séparés de sitôt. Moi en slip, les mains de Damien enserrant ma taille avec le mètre, comment aurais-je trouver la force de rejeter cette idée ? Le soir-même, j'annonçai à mes parents ma décision de renoncer au lycée général pour accomplir mon rêve : devenir un grand cuisinier. Mon père accueillit la nouvelle avec satisfaction. Il avait commencé à travailler à l'âge de 14 ans, à la mort de son père, et il comprenait mal que je puisse vouloir perdre du temps à « user mes fonds de culotte sur les bancs de l'école », pour obtenir un bac qui ne me donnerait pas un métier.

J'étais content de faire plaisir à mon père. C'était peut-être l'une des dernières fois que j'en avais l'occasion. Il avait de nouveau un cancer. Cette fois, on allait lui enlever les trois quarts d'un poumon. L'hôpital où il se trouvait était bien plus affreux que le précédent. C'était un officieux mouroir spécialisé dans les maladies liées au tabagisme et aux autres intoxications par inhalation. L'odeur y était insupportable, ça sentait les abats périmés. Les râles de souffrance évoquaient des gouffres glaireux. Devant le hall, les indécrottables qui tiraient sur leur clope par leur fausse bouche béante creusée par trachéotomie, me faisaient faire des cauchemars chaque nuit. Plutôt que de faire des annonces édulcorées du type « fumer tue », on devrait diffuser à heure de grande écoute, des films tournés dans ces coulisses de la cigarette. Quoiqu'il y manquerait l'odeur s'imprégnant sur les vêtements du visiteur. Non, fumer ne tue pas. Fumer torture, avilit, fait souffrir les familles des inconscients drogués par les substances chimiques que les grands fabricants de cigarettes ajoutent au tabac.

C'est à cette époque que j'avalai mes premiers anxiolytiques. Il y en avait en quantité suffisante dans la pharmacie pour que ma mère ne s'aperçût pas des quelques quarts que je subtilisais de temps à autre. Comment m'était venue cette idée ? Comment avais-je compris que ça ferait baisser la pression que je ressentais ? Je ne m'en souviens plus, mais je ne connaissais pas d'autre moyen pour tenter d'oublier l'attirance que je ressentais pour Damien, l'influence que ma mère continuait d'exercer sur moi et l'hôpital infernal dans lequel on allait scier les côtes de mon père.

Tout devient très flou dans mon esprit. Effet du Lexomil. La mallette d'ustensiles de cuisine coûte cher, ainsi que le costume de serveur et la panoplie du cuisinier. C'est l'argent des vacances qui sert à l'achat. De toute manière mon père est opéré en juillet. L'opération se passe bien. Comme après celle du rein, bonne nouvelle : pas de métastase. Mais les médecins expliquent à ma mère que les chances de mon père sont faibles, car l'association des cancers rein-poumon est bien connue et n'offre pas d'espérance de vie de plus de trois ans au-delà de la seconde opération. Mon père arrête de fumer, il ignore que son cas est désespéré, ma mère m'ayant une fois de plus fait jurer le secret. C'est sans doute ce brutal passage de trois paquet et demi de gauloises à rien du tout qui fera de mon père un cas médical, lui faisant dépasser largement le stade des trois ans de survie annoncés.

C'est la rentrée. Première matinée : deux heures de français. Damien et moi étions évidemment assis côte à côte. Je l'oubliai bien vite, atterré par la simplicité des exercices que nous faisait faire le prof. Il fallait souligner des sujets dans des phrases ! Je ne participais pas aux corrections, j'attendais que l'on passât aux choses sérieuses. Qui ne vinrent pas. Le professeur m'asséna enfin le coup de grâce :

- On ne vous entend pas. Ce n'est pas grave si vous vous trompez, me dit-il compatissant. Essayez de me donner la nature de ce mot, là, me désignant un bête adverbe en -ment.

- C'est un adverbe, déclarai-je complaisamment. Et sa fonction est complément circonstanciel de manière.

- Mais, bravo ! c'est formidable ! s'exclama-t-il sincèrement.

- C'est juste un adverbe, hasardai-je modestement...

- Je dois en déduire que c'est par paresse que vous ne participez pas ? Vous commencez bien l'année !

Je ne répondis pas et baissai la tête pour cacher mon visage empourpré de confusion.

A la récréation, nous formions déjà un groupe... dont je me sentis l'intrus. Damien fit remarquer que le cours de français était dur, qu'il aurait du mal à suivre. Les autres acquiescèrent. Ce n'est que bien plus tard que je compris pourquoi, à ce moment-là, mon ami me parut beaucoup moins beau qu'à l'ordinaire. Vanessa, une jolie blonde de notre classe, qui m'inspira d'instinct une certaine animosité, s'empressa de séduire ouvertement Damien qui ne tarda pas à jouer le joli coeur avec elle. « Je te trouve trop marrante ! lui déclara-t-il. Tu sais, j'aimerais bien ouvrir un restaurant avec toi. Je ferais la cuisine et toi le service. »

Mon estomac se retourna, les larmes me montèrent instantanément aux yeux. Je m'enfuis d'un pas précipité vers la sortie du lycée. Damien me poursuivit : « Attends ! Tu fais quoi ? T'as pas l'intention de sortir ? T'as pas le droit, on est demi-pensionnaire. »

- Vous allez où ? me demanda le gardien en retenant Damien, après m'avoir laissé passer involontairement.

- Je me tire de cet établissement à crétins ! répondis-je sans me retourner.

Je me mis à courir. Je ne pris pas le bus, j'entrepris trois quarts d'heure de course puis de marche pour rentrer chez mes parents. Je ralentis mon pas, épuisé par mes pleurs. Un rayon de soleil se fraya un chemin entre les nuages. Je fus ébloui. Je crus en une manifestation divine, et je me sentis moins seul, soutenu. Incroyablement, je passai du plus parfait désespoir à une joie sans borne, la vie était belle, j'étais libéré d'un poids, je pris de fermes décisions. Je ne reverrais plus Damien, le seul garçon qui, selon moi, était susceptible de m'attirer physiquement. Je n'étais pas pédé, et ce que j'avais ressenti pour lui, personne ne le saurait jamais. Je m'inscrirais au lycée général, j'étais d'avance certain que cela ne poserait pas problème compte tenu de mes résultats scolaires, et je ferais des études pour devenir prof de français. J'essayerais d'être un bon fils, obéissant, pour que ma mère se montre moins rigoureuse avec moi. Je nageais dans l'optimisme le plus sirupeux.

C'était sans compter sur le Lexomil. Déconnecté de la réalité, j'ignore ce qu'il se passa cette année-là. En juin, on me refusa la première B (économie et sociologie), je découvris que je n'avais pas assez bossé pour l'obtenir. On me proposa la première G (gestion et comptabilité). On toléra mon redoublement, afin que j'obtinsse la B, qui deviendrait E.S. entre temps. Il ne pouvait en être autrement : à travers le brouillard dans lequel je vivais, Keynes et Malthus étaient devenus mes héros.

Je ralentis considérablement ma consommation de Lexomil, devinant plus ou moins inconsciemment que cela me permettrait de réintégrer la réalité. A mon « retour », je réalisais qu'aucun adulte enseignant ne semblait s'être soucié de mon retrait du monde des vivants : mes résultats avaient été médiocres parce que je ne travaillais pas suffisamment. Point. Personne ne s'était aperçu de mon absence, mais j'avais bien l'intention de remonter mes manches pour affirmer ma présence et prendre ma vie en main.

par Antinoüs publié dans : Autobiographie
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Mardi 6 février 2007

Ce matin, Maxime, élève de 6è, vient me parler à la fin du cours, l'air grave.

Max : Monsieur, c’est quoi l’animal qui mesure trois mètres, qui a de longues griffes et 87 dents ?

Moi : Ca n’existe pas, Maxime !

Max : Si, si, ça existe !

Moi : Bah, alors, je ne sais pas ce que c’est...

Max : Moi non plus, mais... COUREZ !!!

Sur ce, il s’enfuit dans la cours en rigolant.

***

Cet après-midi, Kevin, autre élève de 6è, m’interrompt en plein cours.

Kevin : Monsieur, c’est un diamant que vous portez ?

Moi : De cette taille ?! Non, c’est du cristal de roche, ça ne vaut rien. Tu crois que les profs sont riches ?

Je reprends le cours en main.

Kevin : Monsieur !

Moi : Quoi, Kevin ?

Kevin : Et la chaîne, elle est en or ?

Moi : Non, c’est du toc, je n’ai pas les moyens de me payer de l’or. Et si tu faisais davantage attention à ce que je dis qu’à ce que je porte, mmh ?

Je poursuis là où j’en étais.

Kevin : Monsieur !

Moi : Quoi encore, Kevin ?! Si tu veux savoir, mon pull, ce n’est pas du cachemire !

Kevin : C’est pas ça, mais pourquoi vous êtes prof alors que ça rapporte rien ?

Jeudi, je fais grève.

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par Antinoüs publié dans : Journal intime
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Samedi 3 février 2007

Le 14 juillet 1789, au lieu de prendre la Bastille, si les Français avaient été voir le feu d’artifice, on en serait déjà à Louis XXII. Bah ! oui.

par Antinoüs publié dans : Brèves
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