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Je suis né en 1975. Mon principal trait de caractère : l'hypersensibilité. Qualité que j'apprécie chez autrui : l'honnêteté. Mon occupation préférée : la lecture. Mon rêve de bonheur : passer ma vie auprès d'Hadrien. Couleur que je préfère : lavande. Mon animal préféré : le chat. Ce que je déteste par-dessus tout : le bruit. Don que je voudrais avoir : celui de me rendre invisible.
***
Il y a actuellement  6  curieux errant dans mon Sanctuaire. Faut vraiment n'avoir que ça à faire !
***
Quoi qu'il en soit, je vous souhaite un agréable moment en ma compagnie.
Antinoüs

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Jeudi 26 octobre 2006

J'ai longtemps était un fan absolu de Stephen King. Mais, il faut bien le dire : il est capable du pire comme du meilleur. Ces dernières années, il se contente de publier des romans stéréotypés pour honorer le contrat qui le lie à son éditeur. Il ne met plus ses tripes dans ses bouquins. Mais, dans les années 70, 80 et même jusqu’au milieu des années 90, il a pondu, çà et là, des ouvrages destinés, selon moi, à devenir des classiques de la littérature américaine. Vous n’avez jamais lu l’un de ses livres ? Et il a été si productif que vous ne savez par lequel commencer ?

Aujourd’hui, je vous en propose un, que je considère comme l’un des meilleurs King, je lâche le mot : « un chef-d’œuvre ». Différentes saisons. Ce livre de 1982 est un recueil de quatre histoires qui sont trop longues pour être des nouvelles et trop courtes pour être des romans. Peu importe leur genre, ces histoires vont vous estomaquer par leur originalité et l’excellence de la narration. Le mystère qui entoure un innocent condamné au pénitencier, un vieillard et un adolescent enfermés dans un rapport sado-masochiste macabre fondé sur un parasitisme réciproque, quatre gamins de la campagne partis en excursion à la recherche d’un cadavre, et un club de gentlemen étrange au cours duquel on raconte le récit d’un accouchement des plus saisissants : voilà tout ce que je peux vous en dire puisqu’il me faut résumer, mais cela dénature quelque peu le véritable propos de chacune de ces histoires que vous devez absolument découvrir par vous-mêmes.

par Antinoüs publié dans : Cogitations et billevesées
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Vendredi 20 octobre 2006

Dans mon préambule, je me suis engagé à rédiger cette autobiographie en basant l’essentiel de mon discours sur mon parcours sentimental. C’est une promesse bien hasardeuse que je vous ai faite là ! En effet, comment compiler des anecdotes erotico-sentimentalo-passionnelles me mettant en scène, sans vous expliquer dans quelles conditions s’est bâtie ma psychologie ? C’est impossible, à moins de recourir au masque de la fiction, ce que je ne ferai pas : je vous ai promis de ne rien taire, et cette promesse-ci, je la tiendrai... Il me faut donc, dès ce deuxième chapitre, évoquer ma famille. Je comprendrai que les lecteurs les plus sensibles fassent l’impasse en attendant patiemment le chapitre III, ou du moins qu’il ne puissent pas poursuivre leur lecture jusqu’à la fin de ce chapitre qui sera certainement le plus glauque de toute mon aubiographie, rebutés qu’ils seront par le vice dans lequel la nature humaine peut se vautrer.

Quand je n’étais pas à l’école maternelle en train de fabriquer des colliers de nouilles ou de jouer à touche-pipi avec Olivier, je vivais dans ce qu’alors l’innocence de mon jeune âge m’empêchait de considérer comme l’Enfer : l’appartement de ma mère. Non, je n’y vivais pas seul avec elle, mais c’était bel et bien son appartement, comme le Monde appartient à Dieu s’il a l’amabilité de bien vouloir exister. Par « Monde », je veux dire que Dieu ne possède pas uniquement ce qui est minéral, végétal ou animal : il possède également (et surtout ?) les Humains. De même, ma mère ne possédait pas seulement les meubles, outils et bibelots de l’appartement, mais aussi les trois mâles qui y vivaient. Cette possessivité, il faut bien le dire, avait ses limites : mon père et mon grand frère jouissaient d’une relative liberté, durement acquise, je suppose. Malheureusement pour moi, j’étais le plus jeune et le plus vulnérable et ma mère jeta très tôt son dévolu sur moi. Non contente de me posséder, cette mère, que j’adorais comme on adore une déesse que l’on craint, se montrait brutale et intrusive, physiquement et moralement. Cependant, elle m’aimait et, pour récompenser mon adoration, me protégeait et me couvrait de cadeaux. Si j’avais pu lui élever des temples, je l’aurais fait. Mais pour lui prouver ma foi en elle, je n’avais pour seul recours qu’une obéissance aveugle.

C’est ainsi que, peu à peu, j’appris à détester mon père, « cet ivrogne », ainsi que ma mère m’avait dressé à le faire. Je me souviens pourtant avoir aimé mon père et même l’avoir admiré. Quand il n’était pas parti plusieurs jours sur les routes pour nous faire vivre, et qu’il n’était pas trop soûl le soir, il me prenait dans ses bras pour me mettre au lit. Traversant l’appartement, il me chantait alors une sorte de berceuse ridicule qui me faisait rire à gorge déployée alors que je m’abandonnais dans ses bras : « Le bébé – à Papa – il va-va – au dodo – tout-tout seul – comme un grand garçon. Il tourne, il tourne, il tourne... ». Après m’avoir fait tourné plusieurs fois dans ses bras, il me jetait sur mon petit lit et, moi, aussitôt, pris pourtant de vertiges par les tours, je repartais en courant dans le salon, afin qu’il recommence. Dans ces moments-là, j’aimais mon père, mais ma mère le savait et observait notre manège avec un sourire qui promettait le châtiment que mériterait mon infidélité.

Le week-end, quand il n’était pas trop fatigué par les kilomètres parcourus en semaine, mon père me fabriquait des tas de choses. Un jour, il transforma, devant mes yeux ébahis, des planches, des clous et un pot de vernis en un magnifique coffre à jouets qu’il m’offrit fièrement. Lorsqu’il accomplissait ce genre de magie, j’avais pour habitude de m’exclamer, admiratif : « Tu es un génie, Papa ! ». Cette petite phrase était sans doute un coup de poignard dans le cœur de ma mère qui ne pouvait supporter que son « fidèle » la trahisse ainsi. C’est pourquoi, elle m’apprit à haïr mon père, comme un dresseur apprend  à un chien à attaquer un ennemi.

Régulièrement, mon père, ivre-mort, me répétait : « Tu devrais pas être ici : t’aurais dû finir dans un incinérateur en Hollande ». Effectivement, Simone Veil, ministre de la Santé, avait dépénalisé l’avortement quelques semaines seulement avant ma naissance, et ma mère, si elle avait accepté de se débarrasser de moi, aurait dû courir jusqu’en Hollande. Mais elle ne l’aurait pas fait ; à moi, petit garçon de 5 ans, elle me disait alors avec un sourire qui se voulait rassurant : « Ne l’écoute pas mon chéri, tu sais que ta Maman croit en Dieu et que jamais je ne me serais faite avortée. C’est ton père qui insistait parce que le médecin disait que je risquais de mourir en te mettant au monde ». Combien d’enfants à l’école maternelle savaient ce qu’était un avortement ? Combien savaient alors qu’une femme pouvait mourir en couche ? Ces deux secrets d’adultes n’en étaient plus pour moi.

Coincé entre une mère dragonne et un père souvent ivre que je n’avais pas le droit d’aimer, j’avais pourtant un protecteur, pour ne pas dire mon chevalier servant, dans cet enfer familial : mon grand frère. Lorsqu’une scène éclatait à table entre mes parents, il m’emmenait dans notre chambre et me disait en souriant tristement que ce n’était pas grave, qu’ils allaient se calmer. Je me rappelle un soir où, lors du dîner, ma mère jeta sur la table un verre qui explosa littéralement. Il y avait des bouts de verre dans ma purée Mousline que je m’apprêtais pourtant à avaler comme si de rien n’était, de crainte que la foudre de ma mère ne se détourne de mon père pour s’abattre sur moi. Mon frère, m’ôta la cuillère à temps, me prit par la main et m’emmena à l’autre bout de l’appartement. Une fois, de plus, il me sauvait du désastre.

Je le trouvais beau, mon frère, avec sa mâchoire carrée, ses yeux bleu sombre et ses cheveux un peu plus que mi-longs comme les portaient encore les adolescents à la fin des seventies. Il n’était pas pudique pour deux sous, et j’avais souvent l’occasion d’admirer son corps : il était musclé, et était fier de me laisser toucher ces biceps gros et durs comme de l’acier. Il me promettait que j’aurais les mêmes quand je serais grand. Mais, moi, il y avait autre chose que j’avais envie d’avoir quand je le voyais nu : sous une toison pubienne abondante, pendait un sexe long et imposant qui me fascinait. Cétait un zizi comme celui-là que j’aurais voulu montrer à Olivier dans les toilettes de l’école ! Pour ça, il fallait laissait faire le temps et la nature, mon frère ne pouvait rien pour moi. Pour les muscles, en revanche, chaque fois que je le lui demandais, il acceptait de m’entraîner, m’apprenant  à faire des pompes, des abdominaux et autres exercices de gymnastique.

Je dois avouer que si je lui demandais d’un air enjoué « On fait du sport ? », ce n’était pas seulement parce que je convoitais une musculature semblable à la sienne, mais parce qu’après chaque séance, il prenait le temps de me masser afin que je ne souffrisse pas de courbatures. A l’âge que j’avais, je ne connaissais rien de plus voluptueux que de m’allonger en slip sur mon lit et de laisser mon frère me pétrir les bras, les jambes et le dos. Je m’abandonnais et faisait semblant de dormir jusqu’à ce qu’il finisse par me faire ricaner en me chatouillant.

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Oui, mon frère, je le trouvais beau, je l’aimais bien. Mais il me faudra attendre l’âge adulte pour comprendre ce qu’était le complexe d’Œdipe, et réaliser que, loin de vouloir épouser ma mère, je voulais épouser mon grand frère. Avantage : je n’aurais pas à combattre mon père. Inconvénient : il me faudrait combattre les préjugés d’une société intolérante. Mais, à 4 ou 5 ans, j’étais loin de percevoir ces concepts psychanalytiques : mon frère était beau et me protégeait, je ne pensais à rien d’autre.

Cependant, j’appris très tôt à mes dépends que le plus parfait chevalier servant pouvait ne pas accourir quand on l’appelait à l’aide. Où était mon frère, « ce héros », lorsque ma mère s’enfermait avec moi dans la salle de bains et que je la suppliais de ma laisser sortir ? Ne m’entendait-il pas pleurer, hurler de vaines prières ? Avec le temps, mon protecteur me fit de plus en plus défaut, jusqu’à ce qu’à l’âge de 18 ans à peine atteint, il fuit la demeure familiale. A ce moment-là, j’avais 8 ans. Ma mère ne s’enfermait plus dans la salle de bains avec moi, mais son emprise psychologique sur moi était grandissante : je l’adorais de plus en plus, ne pouvant me séparer d’elle plus de quelques heures.

Heureusement, alors que j’étais à l'école primaire, arriva dans ma classe le bel Adrian dont les beaux yeux me faisaient oublier quelques heures par jour la déesse-mère.

© Antinoüs. Ce texte ne peut être reproduit sur aucun support autre que ce présent blog sans mon autorisation explicite. Merci.

par Antinoüs publié dans : Autobiographie
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Mercredi 18 octobre 2006

Malgré les théories sur la sexualité de Sigmund Freud au début du siècle dernier, et bien que ces théories soient reconnues par tous les spécialistes de l’esprit humain dont le nom de la profession commence par « psy », il y a encore, paraît-il, des gens qui doutent de l’existence de la sexualité infantile. Il suffit pourtant à chacun de nous de franchir les barrières mentales de notre mémoire, pour nous rappeler que, tout petit déjà, nous avions une sexualité. Pour ceux qui n’ont jamais lu Freud, entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’une sexualité au sens où nous l’employons pour nous, adultes ou adolescents, mais plutôt d’une découverte du plaisir sensuel, pas nécessairement focalisé sur les organes génitaux.

A quand remonte mon premier souvenir sensuel ? Si je vous raconte que la sage-femme qui m’a mis au monde était un homme et que, une fois mon premier cri poussé, je tombais en pâmoison devant lui, vous ne me croirez pas. Et vous aurez raison. En matière de sensualité, ma mémoire ne remontera pas au-delà de l’école maternelle. J’avais alors de 3 à 5 ans, mon programme télévisé favori était L’Île aux enfants, et mon activité la plus notable de l’époque fut la fabrication d’une affreuse empreinte en plâtre de ma main peinturlurée avec un goût qui ferait vomir le plus scribouillard des peintres contemporains exposés au Centre Pompidou. J’avais un copain qui s’appelait Olivier. Prodige de la mémoire : alors que je ne sais plus ce que j’ai mangé hier, je me rappelle encore son patronyme, que je tairais ici par discrétion.

Je ne sais plus à quoi nous jouions autour du bac à sable de la cour de récréation, mais je me rappelle qu’assez souvent, l’un proposait à l’autre d’aller « faire pipi ensemble », ce qui d’un commun accord impliquait le rituel suivant. Seuls aux toilettes (où était la maîtresse censée nous surveiller ?), nous urinions côte à côte dans la même cuvette, nous observant l’un l’autre avec attention. Puis, ses cheveux blonds mi-longs mêlés à mes cheveux châtain clair, mi-longs également - nous étions à la fin des années 70 - nous nous touchions mutuellement ce que nous appelions encore « zizis », avec une délicatesse de diamantaires auscultant les pierres les plus précieuses au monde. Il faut croire que la volupté que cela nous procurait était grande puisque, plusieurs fois par jour, nous nous lancions un « On va faire pipi ensemble ? », et que jamais l’un ne répondit non à l’autre.

Je fus séparé d’Olivier après la maternelle. Cependant, nous habitions la même ville et nous nous croisions régulièrement dans une rue ou une autre. Nous faisions comme si nous ne nous étions jamais connus, sans doute honteux du secret que nous partagions : honte provoquée par une institutrice qui nous surprit un jour dans les toilettes, nous expliqua que ce que nous faisions était « dégoûtant » et « interdit », nous punit, et veilla à ce que plus jamais Olivier et moi allions aux toilettes en même temps. Enfants, je pense que nous savions pourquoi nous baissions la tête en nous croisant en ville, puis le temps fit son œuvre et nous nous ignorions sans nous rappeler la raison de notre gêne commune.

Il me fallut attendre d’avoir une vingtaine d’années et de le rencontrer après de nombreux mois sans l’avoir vu, pour oser lui dire « Bonjour ». Nous échangeâmes des banalités, sur nos études à la fac, notamment. Puis, en le quittant, tout redevint clair en ma mémoire, et je me demandai si, lui aussi, se souvenait de ce que nous faisions dans les toilettes de la maternelle. Après mes études, j’ai déménagé et ne l’ai jamais revu. Au moment où j’écris ces lignes, je me dis qu’il est peut-être aujourd’hui un « honorable » père de famille, mais que ce souvenir sensuel passe quelquefois en son esprit, tel Zéphire, le vent rapide comme l’éclair, chassant pendant un bref instant les éventuels nuages de son quotidien.

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par Antinoüs publié dans : Autobiographie
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Mardi 17 octobre 2006

J'adore la Bande Dessinée et récemment j'ai découvert Prince Valiant. C'est une B.D. apparue en 1937 dans la presse américaine. On l’a connu en France, sous le titre Prince Vaillant, dans Le Journal de Mickey, en 1940 d’abord, puis au début des années 60. Il s’agit d’une longue saga qui fut publiée aux Etats-Unis jusqu’en 1982 et traduite en plusieurs langues. « Val » est le fils du roi de Thulé et va rapidement s’intégrer à la cour du roi Arthur, faisant vivre aux lecteurs des aventures tantôt romanesques, tantôt historiques. Certes, le Vè siècle de son auteur, Harold R. Foster, présente de nombreux anachronismes : la documentation avec laquelle il travaillait datait du XIXè siècle, époque où l’on imaginait les chevaliers du haut Moyen Age revêtus d’armures apparues six ou sept siècles plus tard ! Mais l’intérêt premier de cette B.D. n’est pas pédagogique : il s’agit avant tout du plaisir de vivre, aux côtés des chevaliers, des quêtes légendaires passionnantes.

Si j’évoque cette B.D. sur ce blog, c’est que j’ai été très surpris, en la découvrant récemment (en albums, chez Zenda éditions), par le fait que Foster n’hésitait pas à représenter ses personnages masculins en tenue d’Adam. Je n’imaginais pas que les U.S.A. de la fin des années 30 pouvaient être si « tolérants » à l’égard de la représentation de la nudité dans la presse grand public, surtout lorsque de celle-ci émane une certaine sensualité homo-érotique (ou alors, c’est moi qui suis obsédé dès que je vois des hommes nus faire leur toilette ensemble).

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Notez que les deux vignettes qui illustrent cet article, en guise d'exemples, sont tirées du tome 1. Mais n’allez pas acheter ces albums pour cette seule raison : vous seriez déçus si vous pensiez trouver des hommes dénudés sur chaque planche. Si vous lisez Prince Valiant, il faut que ce soit par goût pour les légendes arthuriennes...

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par Antinoüs publié dans : Cogitations et billevesées
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Lundi 16 octobre 2006

Je forme une entreprise qui eut de nombreux exemples et dont l’exécution aura encore beaucoup d’imitateurs. Je vais m’appliquer à faire le portrait d’un homme à travers son parcours sentimental, un homme pour qui je ne ferai aucune concession, de qui je ne cacherai rien : je dirai tout ce que je sais de lui, tout ce qu’il fut, tout ce qu’il est, tout ce qu’il deviendra peut-être. Si cet homme fit preuve de bonté, de générosité, d’honnêteté, je vous le dirai. Si cet homme se montra cruel, égoïste, machiavélique, je vous le dirai également. Et cet homme, ce sera moi.

A l’heure où je commence cette autobiographie, je suis jeune encore. Mes trente ans ne sont pas très loin, à quelques mois de distance seulement. Pourquoi me lancer dans un tel travail d’écriture, alors que j’ai si peu de recul par rapport à ce que j’ai vécu ? Est-ce parce que je suis un vedette du petit ou du grand écran, et que lorsqu’un jeune chanteur de vingt ans publie un tel livre, cela se transforme en succès de librairie grâce aux groupies adolescentes aveuglées par le fanatisme et par l’aveuglement de la jeunesse ? Non. Je suis un homme parfaitement inconnu de ce qu’on appelle le grand public. Ce qui me motive peut se résumer en trois points principaux.

Le premier point : je suis amoureux. Vraiment amoureux. J’ai eu la chance - provoquée par mes soins - de rencontrer ma moitié, mon alter ego, mon âme sœur. Pardonnez du peu ! Je vis depuis trois ans avec un homme qui, à mes yeux, est le plus précieux que porte notre petite planète. Nous sommes tout l’un pour l’autre et ne nous cachons rien. Cette autobiographie est un gage d’amour que je lui remets : je t’aime, Hadrien, toi seul sais qui se cache derrière Antinoüs, toi seul sera le détenteur de tous mes secrets passés.

Le deuxième point : je suis prétentieux et, de ce fait, convaincu que les trente premières années de ma vie, aussi banales fussent-elles peuvent servir de référent à de nombreux hommes qui me liront. A travers cette œuvre, les plus jeunes apprendront de mes erreurs, de mes échecs et de mes réussites. Les plus âgés se sentiront moins seuls, découvrant que ce qu’ils ont vécu n’a finalement rien d’exceptionnel, qu’il ne furent pas l’élu du sort qui s’acharna contre eux. Quant au curieux qui aiment regarder par les trous des serrures, mon autobiographie satisfera leur manie.

Le troisième point est commun - avec plus ou moins de lucidité - à tous les humains : j’ai peur de la mort. D’abord, peur de celle des gens que j’aime. Ensuite peur, de la mienne. Pour être exact, ma mort proprement dite ne m’effraie pas ; ce qui m’angoisse, c’est l’effacement total de ma vie. Que restera-t-il derrière moi lorsque les asticots et autres nettoyeurs microscopiques m’auront fait totalement disparaître ?  Pour les hétérosexuels, cette crainte égocentrique est atténuée, en partie du moins, par l’enfantement. Même si la plupart des gens n’en ont pas conscience, c’est un instinct primaire qui les poussent à faire des enfants, afin de « survivre » à travers eux. Certains homosexuels partagent cet instinct. Hadrien et moi, non. Nous ne ressentons ni le besoin, ni le désir d’avoir des enfants : aimer ceux de nos proches nous suffit. Nous « sentons » qu’être homosexuels nous confère un rôle autre sur la Terre que celui de reproducteurs. Le plus difficile à trouver, au cours d’une vie, est justement le rôle que chacun d’entre nous, petit grain de poussière dans cet univers infini, doit jouer ; ce que Monsieur Night Shyamalan expose avec une sensibilité admirable dans son film-parabole La Jeune fille de l’eau. Moi, je n’ai pas encore trouver le mien, ou bien je l’ai trouvé mais n’en ai pas encore pris conscience.

Quoi qu’il en soit, mon autobiographie, dite « temporaire », car j’espère bien faire de vieux os et avoir l’occasion de la compléter lorsque mon arthrite me laissera en paix, mon autobiographie, dis-je, sera écrite. Et quel que soit la raison, les raisons, ou l’absence de raison de ma venue au monde, elle restera. Si vous vous sentez prêts à me suivre dans mon intimité, à vous engouffrer dans une œuvre qui n’a aucune prétention littéraire, alors suivez-moi, nous commençons par le premier chapitre...

© Antinoüs. Ce texte ne peut être reproduit sur aucun support autre que ce présent blog sans mon autorisation explicite. Merci.

par Antinoüs publié dans : Autobiographie
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Jeudi 12 octobre 2006

Hadrien, il est blond, il est beau et il sent bon (mais pas le sable chaud, l’après-rasage).

Il a marqué un tournant dans ma vie. Pour la première fois, j’aime réellement, en étant aimé en retour. J’ai trop souvent utilisé le mot « amour » à la légère quand j’étais plus jeune. Mais, désormais, je comprends ce qu’implique ce terme. Je ne désire plus qu’une chose : passer le reste de mes jours à veiller sur Hadrien, à l’aimer, et à tout faire pour lui rendre au centuple le bonheur qu’il m’offre – ce sera difficile, car je nage dans la félicité !

Comment le décrire ? C’est un homme exceptionnel, il est sensible, mature et attentionné. Il est gentil, câlin, drôle. Mais je crois que Hadrien ne serait ainsi aux yeux de personne d’autre qu’aux miens, car il est l’autre moitié de moi-même, celle dont j’ai toujours rêvé et que chaque être humain aspire à rencontrer. Il est non seulement mon amoureux, mon amant, mais aussi mon ami, ma famille, mon complice.

Nous ne nous connaissons que depuis trois ans, mais j’ai l’impression que c’est depuis toujours ; et chaque jour : au détour d’une de ses douces phrases, d’un de ses gestes tendres, d’une de ses touchantes attentions, je constate, émerveillé, que lui et moi avons une chance inouïe de nous être rencontrés.

Si je vous raconte tout ça, ce n’est pas pour vous balancer mon bonheur au visage, c’est pour vous redonner espoir, vous qui êtes célibataires malgré vous, ou « mal mariés », espoir que j’ai souvent perdu avant de rencontrer mon Amour. Vous aussi, tôt ou tard, quand vous ne vous y attendrez plus, vous rencontrerez votre Hadrien.

par Antinoüs publié dans : Journal intime
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