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Je suis né en 1975. Mon principal trait de caractère : l'hypersensibilité. Qualité que j'apprécie chez autrui : l'honnêteté. Mon occupation préférée : la lecture. Mon rêve de bonheur : passer ma vie auprès d'Hadrien. Couleur que je préfère : lavande. Mon animal préféré : le chat. Ce que je déteste par-dessus tout : le bruit. Don que je voudrais avoir : celui de me rendre invisible.
***
Il y a actuellement  4  curieux errant dans mon Sanctuaire. Faut vraiment n'avoir que ça à faire !
***
Quoi qu'il en soit, je vous souhaite un agréable moment en ma compagnie.
Antinoüs

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Jeudi 30 novembre 2006
J’ai connu un chat : Moby Dick qu’il s’appelait. J’ai jamais compris pourquoi. Il était noir, pas blanc. Remarquez, c’était pas non plus une baleine, alors...
par Antinoüs publié dans : Enfin bref...
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Mardi 28 novembre 2006
Le collège ne se trouvait guère plus éloigné que l’école primaire. Braves gestionnaires du territoire pompidouesques et giscardiens qui avaient songé que les jeunes ouvriers et immigrés ne s’épanouiraient pas au-delà de leur cité ! En fait, il y avait deux cités, séparées par une voie ferrée. Les immeubles étaient pratiquement identiques dans les deux, mais d’un côté il y avait la nôtre, « la cité des pauvres », où étaient ancrées les écoles maternelle et primaire, et de l’autre côté de la voie, « la cité des riches », celle du collège, là où l’on portait davantage des vêtements de marque et où l’on promenait des dalmatiens. Cette cité n’était pas en réalité celle des riches, mais celle des Blancs de la classe moyenne qui connaissaient quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui connaissait Quelqu’un.
Les vrais riches, eux, habitaient le reste de la petite ville bourgeoise de banlieue. Elle ressemblait à toutes les petites villes bourgeoises de banlieue, avec ses pavillons fleuris et son centre commerçant où se côtoyaient une armée de coiffeurs déguisés en cosmonautes comme cela se faisait dans les salons de coiffure distingués des années 80, une fleuriste sans âge liftée à outrance, un charcutier raciste suant le cholestérol et un boulanger dont le fils unique deviendrait pour moi mon premier amour d’adolescent. Mais nous reviendrons dans cette boulangerie en temps voulu.
C’est ma première rentrée au collège. S’il y a un dieu qui a souvent cherché à me mettre à l’épreuve, il se distingua encore une fois en me casant, parmi les sept classes de 6è existantes, dans celle d’Alexandre, en veillant bien à ce que je sois séparé de mes protectrices, Samira et les autres filles qui étaient réparties dans les autres classes.
De toute façon, Samira ne m’adressa plus la parole pendant un an et gardait la tête baissée quand nous prenions l’ascenseur ensemble, tous les jours. J’avais bien remarqué que durant les vacances d’été, ses hanches de petite fille s’étaient élargies, mais comment aurais-je pu deviner que cela signifiait pour elle le début de la puberté et que ses parents, Musulmans, y avaient vu le signal annonçant qu’elle ne devait plus fréquenter les garçons ? Non, moi, égocentrique, je pensais que Samira avait trop honte de me fréquenter, de fréquenter la fille qui n’en était pas une. Ainsi, la grande aventure du passage souterrain de la voie ferré, nous la vivions à quelques mètres de distance, soit que j’accélérais mon pas quand elle ralentissait, soit que je restais poliment derrière elle quand nous étions en retard pour les cours.
Alexandre était également séparé de ses acolytes, mais il ne tarda pas à se reconstituer une bande de garçons au sein de la classe, qu’il monta très vite contre moi. A ma grande surprise, je n’étais plus « la fille », j’étais devenu celui dont on riait sans avoir à le nommer. Ce mépris se justifiait certainement par le fait que, pendant les premiers mois, ma mère m’accompagnait jusqu’à la porte du collège, attendant toujours que je fusse éloigné pour me crier ses recommandations, sur un ton tantôt tendre, tantôt menaçant, faisant de grands gestes d’amoureuses qui aurait regardé son fiancé partir à la guerre. Le nez baissé, je traversais la cour le plus rapidement possible afin de fuir son regard, comprenant confusément combien son amour exclusif pour moi était pesant. Je commençais enfin à la détester. Et ça faisait aussi mal que de l’aimer.
Autre nouveauté : j’appris à me battre, physiquement. Incapable de répondre aux attaques verbales sournoises d’Alexandre et de ses copains, je leur fonçais dessus tête baissée, que l’on soit dans la cour, dans les couloirs ou même en classe. Je n’avais peur de rien, sinon de la honte de rester davantage passif face à leurs moqueries qui portaient la plupart du temps sur ma mère. A leur mépris, je répondais par la haine, pour défendre l’honneur de celle que je me préparais pourtant à haïr bien plus que je n’avais jamais haï Alexandre. Les professeurs nous séparaient, sous les cris animaux des élèves enragés par la vue du combat.
Pourtant, je n’ai jamais été collé en retenue. La seule fois où un professeur avait osé me mettre une heure de colle, ma mère s’était ruée au collège et avait terrorisé ladite prof de son regard diabolique que je craignais tant (et qui m’angoisse encore aujourd’hui alors que je suis adulte) en lui expliquant sur un ton menaçant, et assez fort pour que tout l’établissement l’entende, que jamais, ô grand jamais, je ne ferais une heure de retenue, que cela me ferait rentrer en retard, seul, que je serais égorgé dans le passage souterrain par quelque fou dangereux et qu’elle, soi disant professeur responsable, aurait ma mort sur la conscience. Plus jamais un professeur n’essaya de me coller. Ils étaient raisonnables, comprenant à qui ils avaient affaire. Comme j’aurais aimé aller en retenue plutôt que de subir l’humiliation d’être celui dont la mère terrifiait les profs !
A l’appartement, je passais de plus en plus de temps dans ma chambre au grand dam de ma mère qui comprenait, impuissante, que cette pièce devenait pour moi un refuge, un sanctuaire, isolé du reste du monde. Mes premières manifestations de rébellion et de rage à son égard concernèrent cette chambre, dans laquelle je ne voulais plus qu’elle mette les pieds (j’étais capable de m’occuper du ménage et du lit, elle aurait une pièce en moins à s’occuper, de quoi se plaignait-elle ?) et dont je ne voulais plus qu’elle ouvre la porte sans cogner au préalable et attendre ma réponse. Très vite, elle n’osa plus déroger à cette loi, déstabilisée qu’elle était par mes accès de colère. J’avais été à bonne école et avais eu un bon maître.
La principale raison pour laquelle je souhaitais cette intimité était ma puberté précoce : elle commença à l'âge où commence celle des filles - Alexandre avait-il eu raison depuis le début quant à mon véritable sexe ? L'apparition de sensations, inconnues jusqu’alors, me poussait à me mettre nu au lieu de faire mes devoirs (pour quoi faire ? De toute manière, je ne serais pas collé), et à me glisser dans mon lit. J’avais toujours dormi en pyjama, et le contact des draps doux ou rugueux sur mon corps était nouveau. Je prenais conscience de mes érections auxquelles je n’avais prêté aucune attention jusqu’alors et passais mon temps à frotter voluptueusement mes parties intimes sur mon matelas. J’avais l’impression de ne plus jamais débander, quel que fût le moment de la journée et ne pensais qu’à une chose : m’enfermer dans ma chambre en bloquant la porte avec une chaise, me dénuder et me caresser dans mon lit.
Curieusement, je n’allais pas jusqu’à éjaculer, car je ne savais pas me masturber. Etait-ce dû au manque de discussions avec des camarades de mon sexe ? Etait-ce parce que je me découvrais une sensibilité extrême du scrotum et du périnée, au point de délaisser un peu trop mon pénis ? Le fait est que je n’appris à me branler que très tardivement, à l’âge de dix-huit ans, et que, jusque-là, mes orgasmes n’étaient pas contrôlés et que mes éjaculations se produisaient pendant mon sommeil. Quel plaisir d’être réveillé par ces libérations, couché sur le ventre que je mouillais en même temps que mon matelas ! Ce n’est que plus tard que j’appris qu’on appelait cela « pollutions nocturnes » : pourquoi une expression si péjorative, si culpabilisante, pour une jouissance aussi grande et sans conséquence ?
Entre cette obsession du plaisir qui me faisait délaisser tout le reste et mes bagarres à répétitions au collège, ce qui devait arriver arriva : je redoublai ma classe de 6è. Une des meilleures choses qui me soit jamais arrivé ! Alexandre partait devant avec ses copains et je n’entendrais plus parler d’eux avant de lire les faits divers de délinquance dans le journal local – merci Samira et Adrian de m’avoir dissuadé de rejoindre sa bande.
Par ailleurs, je me retrouvais parmi de jeunes inconnus qui n’avaient jamais entendu parler de moi et auprès desquels je pouvais me faire une nouvelle réputation. Je devins le premier de ma classe dans toutes les matières, m’assurant ainsi qu’aucun conflit n’aurait lieu entre mes profs et ma mère, venant tout gâcher. J’eus mes premiers camarades de sexe masculin. Je dois avouer que je ne me souviens que très vaguement d’eux. Il y en avait un, pourtant, auquel je pensais particulièrement lorsque je me glissais nu dans mon lit : il se prénommait Patrick et avait mon âge, soit un an de plus que les autres. Mais, intimidé par le désir que je ressentais pour lui, son sourire charmeur et ses yeux sombres, jamais je ne le fréquentais de trop près. Le hasard de la gymnastique allait toutefois me pousser littéralement dans ses bras.
Il y avait la lutte au programme d’éducation physique. Regarder les garçons se saisir à bras-le-corps me chamboulait plus que je ne pouvais me l’expliquer. Je ne souhaitais qu’une chose : pouvoir approcher d’aussi près le ténébreux Patrick. Mes vœux furent exaucés, le sort, incarné par le professeur, nous désigna tous deux pour lutter l’un contre l’autre. Cela dura peu de temps, mais suffisamment pour que je sente, à travers nos survêtements, son sexe contre ma cuisse. La crainte qu’il ne sente l’effet que cela me faisait, malgré mon slip qui me gainait, m’insuffla l’énergie nécessaire pour le vaincre le plus rapidement possible, alors qu’il était de toute évidence plus fort que moi.
En retournant dans les vestiaires, Patrick me souffla à l’oreille, gentiment moqueur : « Ca t’a plu, hein ? C’était trop bon d’être contre toi, tu m’as fait bander moi aussi ». Je devins écarlate, bien que je ne fusse pas réellement surpris, Patrick étant connu parmi nous pour tenir des propos fleuris qui nous faisaient toujours ricaner bêtement. Le fait est que ces paroles achevèrent de m’exciter et que je renonçai à me changer devant mes camarades, ayant conscience de la visibilité de mon érection.
Quoi que je ne brillasse jamais en cours de sport, je devins l’un des meilleurs lutteurs de la classe pendant le reste du trimestre, au grand étonnement de mon professeur. Mon secret ? Faire sortir du cercle à tout prix le garçon contre qui je me battais avant de me mettre à bander.
De ma deuxième 6è à la classe de 4è, le temps s’écoulait ainsi, à travers une brume dont le voile obscurcit ma mémoire, m’obligeant à pratiquer la plus grande ellipse que j’aurai à faire dans cette autobiographie. Je souhaite centrer celle-ci sur ma découverte de la sexualité et mon parcours sentimental, mais je ne peux cependant pas passer sous silence la maladie de mon père. Du moins, mentionnerai-je ses deux cancers liés au tabagisme qui m’enfermèrent tous les soirs et les week-end dans des centres hospitaliers à l’odeur écœurante.
Ma mère n’assumant pas cette situation, elle s’en remit presque totalement à moi, faisant de moi son confident, et m’ordonnant de surcroît le plus grand silence concernant ces cancers que l’on faisait passer pour de simples kystes auprès de mon père. Si j’en parlais à qui que ce fût, y compris mon frère, et que le mot « cancer » revint aux oreilles de mon père, il se découragerait et se laisserait mourir, ce serait ma faute. Ce secret me sépara définitivement de mon frère qui, à ce jour, ne comprend toujours pas ce qui nous a séparés. Il eut aussi pour effet de me faire mûrir avant l’heure et de me marquer au fer rouge pour des années.
A la fin de la 4è, je venais d’avoir quinze ans, alors que je commençais à m’éloigner de mes camarades et à m’enfoncer dans un mutisme pour garantir à mon père le secret le plus absolu sur ses maladies, Damien, le fils du boulanger, fit une entrée aussi surprenante qu’inattendue dans mon existence.
© Antinoüs. Ce texte ne peut être reproduit sur aucun support autre que ce présent blog sans mon autorisation explicite. Merci.
par Antinoüs publié dans : Autobiographie
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Vendredi 24 novembre 2006

Mes dents de sagesse poussent à une vitesse proportionnelle à celle de la dérive des continents. C’est con : à ce rythme-là, je serai mort avant de pouvoir en profiter.

par Antinoüs publié dans : Enfin bref...
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Mercredi 22 novembre 2006

A 31 ans, j’ai craqué (lire Sous le masque d’Antinoüs...). Après trois décennies à vivre sous la pression du poids du passé, j’ai décidé de renaître, de devenir un homme neuf, sûr de lui, jouissant de chaque instant de la vie. Pour cela, je suis prêt à tout : je prends un antidépresseur en quantité maximale et un anxiolitique, je suis une psychothérapie qui me fait pleurer comme une madeleine pendant et après chaque séance, je prends de l’homéopathie, j’ai recours à la phytothérapie et à l’écriture autobiographique, et aujourd’hui j’ai essayé... l’acupuncture ! J’en sors, là.

Le Dr. R. est une femme calme, souriante, posée et reposante. Elle s’exprime d’une voix douce comme le miel, à un rythme qui paraîtrait lent à un fumeur de cannabis quotidien. Qui devinerait qu’à côté de son cabinet, juste derrière le mur sur lequel est affichée la photo d’un petit chaton au milieu de pâquerettes baignée de rosée, se situe une antichambre de torture Sado-masochiste ? Après un long entretien dans lequel je lui expose mes quelques rares problèmes psy et autres (j’ai la rate qui se dilate, j’ai le foie qui n’est pas droit, j’ai le ventre qui se rentre, j’ai le pylore qui se colore, j’ai le gosier anémié, l’estomac bien trop bas et les côtes bien trop hautes, etc.), elle m’y emmène (dans l’antichambre S.M., suivez ce que je dis au lieu de chantonner bêtement), me fait retirer quelques vêtements et allonger sur tiens-comment-ça-s’appelle-cette-espèce-de-long-fauteuil-chez-les-médecins-? avant de brandir ses aiguilles sous mon nez. Non pas des aiguilles à tricoter (y en a qui suivent, décidément, c’est un bonheur), mais à acupuncter. Elle me les plante çà et là, m’expliquant à chaque fois à quoi correspond le point visé.

- Dans le poignet, là, c’est contre les spasmes et la douleur en générale. On va faire en sorte que Hadrien n’ait plus à appeler SOS Médecins en pleine nuit. Vous êtes détendus ?

- Très.

- Là, juste au-dessus du pubis, c’est pour les émotions liées aux traumatismes du passé. Ca va ?

- Très.

- Bon, j’avais prévu de vous en mettre encore quelques unes, mais pour la première fois, ça va aller. Je vous laisse, je reviens vous voir tout à l’heure. Détendez-vous.

- Très.

A peine est-elle sortie, que je commence à compter : 11 ! J’ai onze aiguilles dans le corps ! Non. J’oublie les quatre que je ne vois pas parce qu’elles sont sur mon visage : 15 ! Et je n’ai rien senti, à peine de légers picotements ! Ainsi on peut donc vous planter des aiguilles dans le corps sans que vous souffriez ! Et si elle avait fait de moi une poupée vaudou vivante ? Peut-être m’a-t-elle relié à quelqu’un qui, en ce moment même souffre atrocement à chaque point où elle m’a piqué ? Je redresse légèrement la tête : pas de pentacle tracé sur le sol. Je me lèverais bien pour aller m’assurer qu’à la porte de son ravissant pavillon de banlieue n’est pas cloué un poulet mort auquel je n’aurais pris garde en arrivant. Mais si je sors comme ça, les gens que je vais rencontrer vont se mettre à hurler, comme dans les films d’horreur des années 50-60 : les femmes se tiendront la tête, la bouche grande ouverte. Au fait, a-t-on retrouvé Le Cri de Munch, il me semble qu’il avait été volé, non ? Bref, ça n’a rien à voir. Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé (impossible de prendre ma montre dans la poche de mon pantalon sans risquer de me retrouver avec les stigmates du Christ), je dirais une demi-heure.

- Alors, vous vous sentez plus détendu que tout à l’heure ? me demande-t-elle, toujours souriante, en retirant les aiguilles une à une.

- Ben, je ne sais pas. Vous savez, je ne sais pas ce que c’est que d’être détendu, je manque d’expérience.

- Vous me raconterez la semaine prochaine ce que vous avez ressenti après. Ca nous permettra des ajustements.

La semaine prochaine ? C’est vrai que j’ai pris rendez-vous, déjà, je me suis engagé (une fois par semaine sur plusieurs mois), j’ai pas signé avec mon sang, mais bon. Je referme derrière mois le petit portail de son jardin. Il n’y avait décidément pas de poulet, elle cache bien son jeu.

Je marche dans la rue et là... quelle n’est pas ma surprise en prenant conscience que je respire ! Je n’en prends pas seulement conscience, j’y prends plaisir ! Ca peut vous paraître con, mais stressé et sous pression comme je l’ai toujours été, je ne sais pas respirer : j’ai le souffle court, saccadé. Là, en marchant, sans avoir besoin de me forcer (lorsque je fais de la gym, 95% de ma concentration – statistiques produites par l’INSERM – sont placés dans la respiration), sans me forcer, dis-je, je respire à plein poumons, et je trouve ça bon. Quant aux couleurs automnales, elles me paraissent plus belles qu’en arrivant : je n’avais pas remarqué cet érable rougissant en venant... Je me sens... détendu ? Sont-ce des symptômes de la détente ? Si oui, c’est top cool !

Bon, l’effet est déjà fini, là, c’est pourquoi je vous écris des conneries sur mon blog au lieu d’aller en forêt siffler avec les oiseaux, danser avec les écureuil et me faire éventrer par un sanglier. C’est donc avec plaisir que je me rendrai à mes prochaines séances d’acupuncture, même si, maintenant je le sais, dans une vie postérieure, je n’aimerais pas être un hérisson.

Le titre de mon article ? Ben quoi, je vous ai bien raconté la première fois que je suis allé chez un acupuncteur, non ? Vous vous attendiez à quoi ?

par Antinoüs publié dans : Journal intime
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Samedi 18 novembre 2006

Mon psy, quand je le vois, je lui demande toujours « Comment allez-vous ? » mais il ne me verse jamais d’honoraires, lui ! Ca devrait pourtant être donnant-donnant.

par Antinoüs publié dans : Enfin bref...
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Vendredi 17 novembre 2006

Cet article est peut-être le plus difficile que j’aurai à écrire, puisqu’il pourrait remettre en cause les fondations de mon sanctuaire.

A la mi-septembre, c’était un mardi, j’étais en train de faire cours à une classe de 3è, composée d’éléments disons « agités », au risque de vous livrer le plus gros euphémisme qui ait jamais existé. Il faut savoir que l’idée d’être bordélisé m’est insupportable et que, de ce fait, je suis connu au collège (tant auprès des profs qu’auprès des élèves) pour être sévère et pratiquer une politique « tolérance zéro » (Sarkozy sors de mon corps, je te l’ordonne). Ce que je veux dire, c’est que j’attends toujours que mes élèves me respectent et respectent mes cours, et je me montre intransigeant là-dessus.

Ce jour-là, tandis qu’une élève me posait une question à propos de quelque chose qu’elle n’avait pas bien compris, un autre s’est mis à rire à gorge déployée. Dans la dimension où je vis depuis que j’enseigne, je l’aurais « cassé » et lui aurais pris son carnet pour le sanctionner. Mais, soudain, j’ai été projeté dans une autre dimension, pas la quatrième, mais une dimension dans laquelle je devenais transparent et muet. Quelque chose s’est brusquement brisé en moi. Cela n’avait rien à voir avec cet élève ou avec ce genre de situation que j’ai géré des dizaines (centaines ?) de fois. Non, ça n’avait rien à voir. A la stupéfaction des élèves, qui en général m’aiment bien mais qui savent aussi qu’avec moi il y a des limites qu’on ne franchit pas, je me suis contenté de regarder benoîtement l’élève trublion, puis j’ai continué mon cours jusqu’à ce que ça sonne, avec dans la classe une agitation grandissante due au dérapage que je n’avais pas maîtrisé. J’ai fait mon cours comme si la classe était vide. Lorsqu’ils sont tous sortis, c’était la récréation, j’ai fermé la porte de ma salle, me suis assis à mon bureau, et j’ai pleuré.

Le lendemain, j’étais incapable de retourner au collège. A partir de ce jour, c'est la dégringolade. Impossible de répondre au téléphone, impossible de sortir faire des courses. Les gens me faisaient peur. Je ne pouvais adresser la parole à qui que ce fût. Mon psychiatre m’a arrêté, m’a mis sous fluoxétine (molécule du Prozac, antidépresseur célèbre) et sous Lexomil (anxiolitique) – permettez que je cite les marques, pour le coup où les labo m’enverraient des caisses gratuites – et nous avons entrepris un psychothérapie. Ce n’était pas la première fois que je voyais un psy (notamment celui-là), mais jusqu’à présent c’était pour soigner des dépressions qui se résorbaient au bout de quelques semaines grâce aux médicaments. Les semaines se sont écoulées, mon état ne s’arrangeait pas. Cette fois, c’était du sérieux, j‘avais vraiment pété un plomb.

Très vite je me suis senti frustré, car j’aime communiquer, or j’étais incapable de le faire face à face, ni même au téléphone. J’ai alors eu l’idée de découvrir ce qu’était un blog. J’ai très vite accroché à ceux de Butterfly et de Lyloo, laissé des commentaires, leur ai envoyé des e-mails pour les féliciter de la qualité de leur travail. Ils m’ont répondu très aimablement, et Lyloo, après quelques jours, m’a proposé de créer mon blog (avait-il senti que j’en avais besoin ?). Je n’ai pas hésité longtemps, non pour me lamenter sur moi-même et faire part de ma souffrance à des inconnus, mais pour faire ce que j’ai toujours aimé : distraire, amuser la galerie !

Voilà pourquoi cet article que je suis en train d’écrire me fait peur : il se pose en porte-à-faux avec ce que je veux faire de ce blog : un sanctuaire où l’on vient passer quelques minutes par jour pour se détendre et oublier ses soucis. Je crains que vous ne le désertiez, en pensant « Oh ! Le lourdingue ! Il peut pas garder pour lui ses petites misères, on a chacun les nôtres ». J’ai peur aussi d’être jugé : je sais que des gens ne considèrent pas comme maladie ce qui est de l’ordre du psychisme. Cette incompréhension se manifeste généralement par ces fameux mots : « Allez ! Tu as tout pour être heureux. Pense à ces gens qui vivent dans des pays en guerre. Secoue-toi, un bon coup de pied au cul et ça ira mieux ! ». Imagine-t-on faire ce genre de remarques à quelqu’un qui lutte contre une grave maladie physique ?

A l’heure où j’écris ces mots, je vais nettement mieux qu’au mois de septembre, j’arrive à parler aux gens (la peur au ventre, certes), mais selon mon psy, je ne dois pas envisager reprendre le chemin de l’école tout de suite : « Votre profession n’est pas vraiment adéquate à la fragilité qui est encore la vôtre pour le moment. » Il faut dire que je n’ai pas seulement à gérer des élèves de banlieue parisienne, mais aussi un chef d’établissement tyrannique et son adjoint irrespectueux (pour ne pas dire grossier) à l’égard des enseignants. Mais, ça, c’est une autre histoire. Bref, d’un commun accord avec mon psy, on va se fixer la rentrée de janvier : ce sera le début du deuxième trimestre : tout neuf, tout beau, on efface tout et on recommence. N.B. Je ne laisserai pas tomber la blogosphère pour autant, mais j’aurai forcément moins de temps à y consacrer.

Que me reste-t-il à vous confier dans cet article que j’illustrerai d'un garçon légèrement dévêtu (sur un divan, pour rester quand même dans l’ambiance) afin de le rendre plus gai ? Pourquoi ai-je craqué ? Pourquoi cette dépression est-elle plus sévère que celles déjà connues (et auxquelles je ferai inévitablement allusion dans mon autobiographie, en les abordant autant que possible sous un angle... humoristique) ? Eh bien, jusqu’à présent, je n’avais jamais réellement suivi de psychothérapie car je m’autocensurais face aux psychiatres. Or, pour moi qui ai lu Freud, j’aurais dû m’attendre à ce qu’un jour ou l’autre, ce que je refoulais au fin fond de mon esprit me sautât au visage : ce qui s’est passé ce fameux mardi de septembre. Ce que je refoulais ? J’y ai fait allusion dans le chapitre II de mon autobiographie, sans rentrer dans les détails car, encore une fois, je veux que ce blog soit un sanctuaire pour vous (et pour moi).

Ouf ! Me voilà libéré d’un poids ! Il n’y a pire vice à mes yeux que la malhonnêteté et le mensonge ! Or, j’ai sympathisé (par écrit) avec certains d’entre vous, et je craignais de ne pas être sincère en ne vous expliquant pas pourquoi j’avais autant de temps à consacrer à mon blog et aux vôtres. De plus, certains m’ont déjà proposé que nous nous rencontrions (en tout bien tout honneur, s’entend), et je ne concevais pas d’accepter en temps qu’Antinoüs. Maintenant s’ils sont toujours d’accord et qu’ils ne craignent pas de rencontrer Napoléon avec un entonnoir sur la tête, nous pourrons y songer plus sérieusement ;-)

Je voudrais finir en remerciant... ma mère (désolé, chassez le naturel, il revient au galop, je ne peux pas m’empêcher de faire de l’humour, même noir).

Non sérieusement : merci Hadrien pour ton soutien et ta patience, ça n’aura pas été facile pour toi. Tu sais que si tu as besoin de moi, je serai là également : nous sommes ensemble pour le meilleur et pour le pire, pas besoin d’être mariés pour cela, l’amour suffit. Merci aussi à mes visiteurs les plus fidèles avec qui j’ai eu (et j’aurai encore s’ils le souhaitent) des échanges épistolaires et qui se reconnaîtront : sans le savoir, ils m’ont permis de ne pas me retrouver seul, isolé chez moi, pendant les longues journées où Hadrien était au boulot. Ce trophée, c’est un peu le vôtre. Oups ! pardon, j’ai cru être un instant à la remise des Césars !

La parenthèse est fermée, je remets mon nez rouge et réinvestis ce sanctuaire de sa mission première : vous divertir...

Bon, c’est pas tout ça, mais faut que j’organise mon évasion de l’île d’Elbe, moi. Mais où ai-je mis ce bon sang d’entonnoir ?!

par Antinoüs publié dans : Journal intime
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Mercredi 15 novembre 2006

Un enfant peut-il faire une dépression ? Voilà une question, pourtant banale, que je n’ai jamais posée à un psy. Si la réponse est « oui », alors nul doute que des symptômes dépressifs m’apparurent à l’occasion de cette classe de mer, lorsque j’avais 10 ans. La raison ? Ma mère ne s’était jamais séparée de moi depuis ma naissance plus de quelques heures par jour, et elle m’avait si bien dressé, je lui étais si fidèle, que j’aurais pu fuguer du centre de Kerjouanno (Morbihan) et faire le trajet de retour jusqu’à Paris à pieds, un peu comme dans ces faits divers qui relatent des histoires de chiens parcourant des centaines de kilomètres pour retrouver leurs maîtres.

Pas une journée de répit : chaque jour (excepté le dimanche, s’entend), je recevais une lettre de plusieurs pages dans laquelle ma mère me racontait tous les détails de sa journée, du lever jusqu’au coucher. Si bien que toutes ses lettres se ressemblaient, ses journées étant toutes identiques. Lorsque le facteur arrivait au centre de vacances, tous les gamins trépignaient d’impatience, espérant recevoir un courrier de leurs parents. Nombreux étaient les déçus. Moi, je me cachais dans un coin, priant silencieusement pour qu’il n’y ait rien pour moi, mais effrayé à l’idée que ma mère m’ait oublié, jusqu’à ce qu’une de mes institutrices, Mme D., que je haïssais, me rejoignît me tendant la lettre que j’espérais et redoutais à la fois : « Tiens, c’est encore ta mère ! », souriait-elle, méprisante. Alexandre et sa bande, ravis, chantaient : « Maman a encore écrit à sa fifille ! Maman a encore écrit à sa fifille ! ». Un matin, Adrian les interrompit brutalement en criant : « Vous êtes cons ou quoi ? Moi, j’aimerais bien recevoir du courrier de mes parents, je n’en ai jamais ! Vous non plus, d’ailleurs. Vous êtes jaloux de lui ? ». Aucun gamin ne répondit : Adrian était le seul à qui Alexandre ne tenait pas tête, sans doute parce qu’Adrian était le seul qui tenait tête à Alexandre.

Lorsque, quelques jours avant notre départ, Adrian avait pris l’initiative de me proposer de partager sa chambre, j’avais ressenti un grand soulagement : l’idée de côtoyer de trop près Alexandre ou l’un de ses gars me terrifiait, or il n’y avait que des chambres de deux lits, impossible d’être seul. Très vite, Adrian et moi avions pris nos habitudes de petit couple : le soir, on se déshabillait dos à dos, pour se mettre en pyjama. Ce n’était pas l’envie qui me manquait de me retourner de temps en temps, mais je ne voulais pas abuser de la confiance de mon sauveur et respectais sa pudeur. Une seule fois, je le vis nu, dans les douches. Mais j’y reviendrai plus loin.

Partons à la pêche à l’éperlan : encore une épreuve à passer ! Un après-midi, on nous appris à le pêcher avec un fil de nylon, et un hameçon recouvert de Vache qui rit. Dès que je vis l’hameçon, je l’imaginais odieusement enfoncé dans la bouche de ce petit poisson qui devait bien avoir des terminaisons nerveuses et ressentir la douleur. Il me paraissait impensable de faire subir une telle barbarie à un petit animal sans défense ! Tandis que mes camarades, à plat ventre sur le ponton, s’exclamaient toutes les trente secondes : « J’en ai un ! », moi j’attendais, l’hameçon vierge de toute nourriture plongé dans l’eau. Croyant cacher mon double-jeu, je boulottais discrètement toutes mes Vaches qui rit. Mais, alors que je finissais la dernière, Mme D. me prit par le col et s’écria : « Regardez-moi ça ! Il est tellement gourmand qu’il a mangé toutes les Vaches qui rit et qu’il n’a pas pêché un seul éperlan ! ». Tous les enfants riaient, les filles comme les garçons, même Adrian. J’étais là, penaud, le fil de nylon pendant, jusqu’à ce que je sentis quelque chose de glacé contre ma jambe nue. Stupéfait, je constatais qu’un éperlan avait eu la bêtise de mordre à mon hameçon, malgré l’absence de fromage. Peiné, je me sentais incapable de lui enlevé l’hameçon, j’avais mal pour lui : j’étais capable d’empathie pour un éperlan ! Ni une , ni deux, Adrian me prit le fil des mains, décrocha le poisson et le tendit vers l’institutrice : « Vous voyez, il en a quand même pris un, Madame ! ». Elle lui fit remarquer que ça ne nourrirait pas un chat et que de toute façon, je serais privé de friture d’éperlans pour me punir de ma gourmandise. Dire que je trouvais la Vache qui rit écœurante !

Le soir-même, une autre institutrice, plus aimable, leva la punition, et c’était tant mieux : l’odeur de friture faisait gémir mon estomac affamé par l’air marin, et je me régalais de ces petits poissons grillés que je me promettais de manger à nouveau si j’en avais un jour l’occasion ! Je découvrais alors qu’il fallait parfois faire preuve de cruauté afin de satisfaire ses envies primales, ignorant que deux siècles plus tôt un certain marquis avait poussé ce raisonnement à ses extrémités, plaçant des êtres humains là où je n’envisageais encore que des éperlans.

Les journées, qu’elles soient consacrées à la pêche, à la voile ou à la visite d’un tombeau romain, se terminaient toutes par le même rituel : la douche. Des petites cabines nous permettaient, si on le souhaitait, de respecter nos pudeurs enfantines. Adrian m’y accompagnait systématiquement, pressentant peut-être que je passerais un mauvais quart d’heure si je me retrouvais seul, nez à nez avec Alexandre.

Un jour, tandis que j’attendais qu’Adrian eût fini et sortît de sa cabine de douche, il entrouvrit la porte pour me demander de lui passer la serviette qu’il avait oubliée sur le petit banc où nous posions nos affaires. Il était nu, dégoulinant d’eau, aussi beau et fort que tout ce que j’avais pu imaginer. Je fus surpris par son sexe qui était long et gris. Je n’imaginais pas qu’on pût avoir un zizi de cette couleur ! Tandis que je me contentais d’envier le sexe de mon grand frère, quand j’étais plus petit, celui d’Adrian provoqua autre chose en moi : un désir de voir plus longtemps, d’observer de près, de toucher. La nudité d’Adrian me bouleversait, autrement que celle de mon frère ne l’avait fait. Je n’étais pas encore capable de mettre le mot « attirance » sur ce que je ressentais, mais ce que je savais, c’est qu’un garçon devait trouver les filles jolies, non les garçons... bouleversants.

Il fallait décidément que je me prouve et que je prouve aux autres que je n’étais pas « une fille » : Alexandrine, que je connaissais depuis l’enfance et qui fréquentait Samira et Agathe, devint ma cible. Je la courtisais, comme un garçon maladroit de 10 ans, qui de surcroît est convaincu d’être laid, sait le faire : je lui faisais des dessins, qu’elle aimait, lui écrivais des poèmes, qu’elle ne lisait pas, essayais de lui faire des bisous, qu’elle repoussait avec un petit rire. Mais ni Adrian, ni Alexandrine, ne parvenaient à me faire oublier celle qui avait tout pouvoir sur moi et qui se rappelait chaque jour à mon bon souvenir, via la Poste. La séparation devenait, jour après jour, insupportable.

Jusqu’à ce matin-là où, après avoir reçu une de ces lettres que je désirais et qui m’humiliait, je montais tout en haut d’un escalier extérieur et passais par-dessus la rambarde de sécurité. Je ne saurais dire aujourd’hui à quelle hauteur je me trouvais : ce qui est certain, c’est que si je ne m’étais pas tué en tombant mal, je me serais à coup sûr estropié à vie. J’étais persuadé que ma dernière heure était arrivée, non que je le désirais, mais je ne voyais pas comment mettre fin autrement à la souffrance psychique qui irradiait dans tout mon corps. Samira me découvrit et faillit tomber sur les fesses en levant la tête. Elle essaya de monter l’escalier.

- Recule ! Si tu montes, je saute ! pleurai-je.

- Mais pourquoi ?

- Parce qu’Alexandrine ne veut pas de moi !

Que pouvais-je répondre d’autre ? Je ne souhaitais pas laisser après ma mort l’image de « la fifille qui s’est tuée parce qu’elle souffrait d’être séparée de sa maman ». Je me ressaisis soudain, me disant que si je mourrais maintenant, j’étais certain de ne jamais revoir ma mère, tandis que si je souffrais encore quelques jours, je la reverrais forcément. Je m’apprêtais donc à repasser la balustrade dans l’autre sens lorsque Samira revint à la charge, tirant par la manche Alexandrine.

- Il va sauter pour toi, expliqua mon amie, je t’en prie, dis-lui que tu l’aimes.

- Non, mais ça va pas ? T’as vu sa gueule ? s’exclama Alexandrine grossièrement. Il a qu’à sauter, je m’en fiche !

Voilà qui n’arrangeait pas mes affaires : c’est que je n’avais plus du tout envie de sauter, moi ! Comment expliquer à Samira et à tous mes camarades agglutinés pour admirer le spectacle que finalement, malgré les propos d’Alexandrine, j’avais décidé de vivre ? Heureusement intervint un moniteur qui me pria de descendre immédiatement. Il n’en parla pas aux institutrices et je ne fus pas puni. Il était jeune et redoutait sans doute des reproches pour ne pas avoir mieux surveiller les élèves.

Après cet événement, je me sentis particulièrement serein pendant toute la fin du séjour, comme si j’avais payé une dette envers ma mère : j’avais failli mourir pour elle, n’était-ce pas une preuve suffisante de ma fidélité ? Débarrassé du même coup de mon histoire d’amour avec Alexandrine, je pouvais consacrer toute mon attention au plaisir que me procurait la vue d’Adrian. Un soir, tard, alors que nous étions couchés depuis une bonne heure germa en mon esprit un plan diabolique pour à la fois satisfaire mes jeunes désirs, tout en sauvegardant les apparences. J’avais envie de me coucher nu auprès d’Adrian afin qu’il puisse, s’il le désirait, me toucher comme je l’avais vu toucher Agathe à maintes reprises, à l’insu des institutrices. Mais il fallait que je le fasse en toute innocence. C’est ainsi que je devins somnambule.

Je me levai et me déshabillai, faisant assez de bruit pour réveiller Adrian, mais pas pour attirer l’attention hors de la chambre. Un fois mon pyjama retiré, nu comme Adam, j’étendis les bras devant moi, comme le faisaient les somnambules dans les dessins animés. J’ignorais alors qu’un vrai somnambule n’adopte pas cette posture idiote. Manifestement, Adrian l’ignorait aussi. Il alluma sa lampe de chevet. Je gardais les yeux clos, mais au lieu d’aller m’allonger près de lui, je me dégonflai et m’allongeai sur mon lit. Une éternité parut s’écouler ainsi. A travers mes paupières, je voyais qu’il y avait toujours de la lumière. J’entendis Adrian qui se leva subrepticement et, en silence, convaincu sans doute que je dormais, il s’approcha de moi. Je frémis en le sentant si proche, observant longuement mon corps nu. Je n’arrive pas à me souvenir si j’avais une érection : j’étais encore à quelques semaines du début de ma puberté, et je ne parviens pas à me rappeler si, avant celle-ci, mon excitation se manifestait déjà de cette manière. Tout ce dont je me souviens, c’est de ce sentiment de volupté dans tout mon corps que me procura le simple regard d’Adrian, bien plus intense que lorsque mon frère me massait après la gym. Adrian retourna se coucher et éteignit. Au matin, je feignis l’étonnement en découvrant mon pyjama jonchant le milieu de la chambre. Adrian me dit : « Tu as peut-être été somnambule ? », et nous changeâmes définitivement de conversation.

La classe de mer étant à cheval sur les mois d’avril et de mai, les adultes avaient organisé un petit goûter pour mon anniversaire : c’est en Bretagne que je fêtais mes 11 ans, insouciant, ignorant que huit jours auparavant, tandis que nous naviguions sur l’Atlantique dans nos petits bateaux en aluminium, un nuage radioactif provenant de Tchernobyl se répandait sur toute l’Europe. D’ailleurs, à mon retour, apprendre la catastrophe de la centrale nucléaire ukrainienne était le cadet de mes soucis : une seule chose comptait : Adrian n’allait pas finir l’année avec nous, il allait rentrer en Belgique avec ses parents. Il partait comme il était venu, sans début et sans fin, sans joie, sans peine, sans larmes, exceptées celles d’Agathe.

J’obtins mon passage en classe de 6è, de justesse, car je n’étais pas très studieux, ma mère se préoccupant davantage de ce que je mangeais que de ce que j’étudiais, et me laissant la liberté de me réfugier devant la télévision chaque fois que je le désirais. Cette première année de collège allait être riche en bouleversements : un changement d’établissement donc, un Alexandre plus acharné contre moi que jamais, une mère toujours aussi étouffante que j’allais bientôt apprendre à détester, et surtout... le commencement précoce de ma puberté.

© Antinoüs. Ce texte ne peut être reproduit sur aucun support autre que ce présent blog sans mon autorisation explicite. Merci.

par Antinoüs publié dans : Autobiographie
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Mardi 14 novembre 2006

Quand vous voyez Clark Kent, avec ses lunettes, vous reconnaissez Superman, vous ? Moi, je me fais avoir à chaque fois. Chapeau le déguisement !

par Antinoüs publié dans : Enfin bref...
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Lundi 13 novembre 2006

L’autoportrait est un exercice périlleux. Pourquoi ? C'est qu’une sélection rigoureuse doit nécessairement être pratiquée : ce qu’il faut dire parce que c’est essentiel, et ce qu’il faut taire parce que l’autoportrait deviendrait roman-fleuve. Parce que j’aime les défis, j’ai bien envie de m’astreindre à cet exercice...

Je suis né en 1975, en banlieue parisienne, et n’ai vécu en dehors de l’Île-de-France qu’une seule année, pour mes études. Celles-ci ont été littéraires - même si cela ne paraît pas évident, compte tenu du nombre de fautes d’orthographe que je fais par étourderie. En effet, je suis étourdi : j’oublie tout, me cogne partout (j’ai encore une bosse douloureuse sur le crâne qui remonte à samedi, à cause d’un placard dont j’avais oublié la présence, bien qu’il soit là depuis six ans). Un toubib très sympa (homéopathe, acupuncteur et zen) m’a dit un jour que j’étais un artiste à part entière et que l’attention prolongée, le respect des horaires et des dates étaient pour moi une forme d’agression : c’est exactement ça ! On se demande comment j’ai pu réussir mes études !

Par conséquent, mon boulot de prof ne me convient pas particulièrement. Qu’on se comprenne bien : je l’ai toujours pratiqué de mon mieux, faisant tout ce que j’avais à faire pour la réussite de mes élèves, mais mon travail n’est pas une passion et, souvent, me pèse. J’y vois néanmoins deux côtés positifs. Le premier, c’est que certains élèves sont vraiment très attachants. Le second, lorsque je « me lâche » et que je fais rire mes élèves en leur racontant des bêtises : dans ces moments-là, j’ai l’impression enfin d’être « un artiste » et de divertir mon public.

Demeurer « dans l’ombre » à dessiner, écrire des livres, des scénarii, monter des projets d’émissions télévisées pédagogiques éducatives et distrayantes (c’est-à-dire remettre au goût du jour Croque Vacances), voilà tout ce qui conviendrait à l’artiste que je suis dans l’âme. D’autant plus que créer, seul à mon bureau, ménagerait ma timidité qui est maladive.

Oui, je suis timide à en être malade, et ça fait 31 ans que je fais semblant de ne pas l’être afin de vivre « comme tout le monde ». C’est une plaie, vous savez, une vraie pathologie en ce qui me concerne, mais maintenant je me soigne. Paradoxalement, j’aime le contact avec autrui (cherchez en quoi il y a antagonisme !) : bavarder, échanger des idées, rigoler... 31 ans à dissimuler une timidité qui me ronge, ce qui m’amène prétentieusement à vous avouer que j’ai une force de caractère hors du commun. Quand je veux, je peux, telle est ma devise ! Quand je ne peux pas, c’est par paresse, ou par manque de confiance en moi.

Rêveur, artiste, timide, paresseux, hypersensible mais fort comme le roc, voici donc comment je pourrais me résumer à ce stade de mon portrait.

Mes goûts et mes loisirs sont simples : seul, j’aime donc écrire, dessiner et somnoler sur un bouquin. Avec Hadrien, j’aime me promener à pieds ou à vélo, dans la nature (forêts, mer, campagne, montagnes), là où on trouvera peu de monde (à l'inverse, de temps à autre, une petite virée sur Paris, pour côtoyer la foule, dans le quartier gay par exemple, nous paraît agréable). Enfin, je suis un sensuel : j’aime les bons restaurants, les produits de terroir, les bons alcools (avec modération), le sexe (avec Hadrien s’entend, nous sommes fidèles l’un à l’autre), le pelage de mon chat et les feux de cheminée.

Quelques autres petites passions ? L’histoire de la télévision française de sa création à 1987, l’animation japonaise, la bande-dessinée (y compris comics et manga), les « vieilles » séries télé du type : The Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir), Cosmos 1999, Dallas, La Quatrième dimension, Columbo, etc., et enfin la musique (symphonique, jazz et un peu de variété style 70’s).

Voilà un autoportrait qui a des airs de manifeste et qui vaut bien tous les questionnaires de Proust, non ?

par Antinoüs publié dans : Journal intime
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Jeudi 9 novembre 2006

Hier, j’implorai presque Franck, mon nouveau coiffeur : « Ma tête n’a pas été mise à prix par la mafia, je ne suis pas recherché par la pègre new-yorkaise, les Yakuza ne veulent pas me couper les doigts, mais il faut que je change de tête ! J’ai besoin de voir quelqu’un d’autre quand je regarde mon miroir, je veux rajeunir : faites quelque chose avec mes cheveux. » Quand je suis dans cet état d’esprit, j’avoue que le sort du Cachemire indien menacé par la puissance nucléaire du Pakistan me laisse relativement de marbre.

Taquin, Franck me répondit :

- C’est l’horizon de la trentaine qui provoque en vous ce besoin de changement ?

- L’horizon est déjà derrière moi, lui répliquai-je amèrement : j’ai 31 ans.

- Comment ?! s’exclama-t-il d’un air incrédule, mais moi je plaisantais en parlant de vos 30 ans, je vous croyais bien plus jeune que ça !

Jamais je n’ai laissé à un coiffeur un aussi gros pourboire.

par Antinoüs publié dans : Journal intime
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