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LATRINA commentaires

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HORTVS

CVBICVLVM

Jeudi 14 juin 2007

Chers amis, chers futurs ennemis, 

l’article que vous vous apprêtez à lire est la joyeuse conséquence d’un reflux biliaire exceptionnellement acide qui me perfore les entrailles de ses griffes véhémentes. Ce qui suit est politiquement incorrect pour un blog classé « gay et lesbienne ». 

En effet, je ne puis m’enfermer dans un mutisme carpesque à l’heure où se prépare cette grotesquerie déambulatoire annuelle. Je veux parler, évidemment, de la Gay Pride, ce défilé de dindonneaux qui parviennent à usurper la première place du ridicule aux dindes de l’éleveuse avicole chapeautée de noir et blanc. 

Quand j’étais ado, la Gay Pride contribua ignominieusement à conforter le sentiment de honte qu’une société judéo-chrétienne avait fait naître en mon cœur encore malléable à l’égard de ma sexualité. En voyant ces pauvres garçons pas finis se trémousser à poil, en cuir ou avec des plumes, sur des chars et sous l’œil badin du quidam goguenard regrettant de ne pas trouver dans ses poches quelques cacahuètes projectibles avant de lâcher aux journalistes de France 3 « Faut êt’ tolérant, on est quand même en [année en cours], tout le monde a le droit de s’esprimer, même les tap... même les gens comme eux », en voyant ces parodies épilées de l’homosexuel moyen, dis-je, je songeais que je ne pouvais pas être homo. « D’accord, je crève d’envie de me taper mon meilleur pote, mais cela signifie-t-il qu’il me faille tortiller du cul, adopter le dernier uniforme bariolé tout droit sorti de l’imagination embuée d’un créateur de mode cocaïnomane et vociférer ma fierté d’aimer mes congénères du même sexe ? Pas question, plutôt mourir ! » Voilà qu’elle était ma réaction adolescente devant cet affligeant carnaval sexué. 

Pour les derniers anglophobes, je rappelle que « gay pride » se traduit par « fierté gay ». Quelqu’un saura-t-il m’expliquer en quoi sa sexualité, qu’elle soit homo, hétéro ou bi, peut être une source de fierté ? C’est comme si on était fier d’être blond ou brun. La fierté doit porter sur ce qu’on est capable d’accomplir, non sur un état de fait dont seuls la Nature et le Hasard peuvent s’enorgueillir. Un enfant est fier de l’affreux collier de nouilles qu’il a peint pour sa mère. En revanche, un adulte empreint d’un peu de bon sens, n’aura aucune raison d’être fier de se sentir attirer par « il » ou « elle ». Cette fierté proclamée par un certain nombre de gay est aussi puérile que la honte que j’éprouvais étant gamin. 

Comprenons-nous bien : si des types à moitié nus prennent plaisir à opiner du chef frénétiquement sur leur char comme un chien en plastique sur la plage arrière d’une voiture ou à faire coucou aux badauds comme s’ils se prenaient pour la reine d’Angleterre, libre à eux. Mais je préfèrerais (vraiment) que ces petits drôles ne se croient pas investis de la mission, trop pesante même pour leurs épaules body-buildées, de représenter les homosexuels en général. Je suis gay, mais je ne me reconnais nullement dans cette parade de clichés sur pieds qui fait, à n’en pas douter, plus de mal que de bien à l’avancée de nos droits, véhiculant des images d’Epinal dégradantes qui deviennent des pierres de lynchage (ou des cocktails Molotov) entre les mains des homophobes. 

Pour finir sur une note moins acide, le pansement gastrique que j’ai ingéré commençant à agir, je soulignerai tout de même que je suis heureux de vivre dans un pays où ce genre de bêtise peut avoir lieu en toute liberté. Si le déroulement de la Gay Pride venait à être empêchée (par une droite sarkozyste, par exemple), je serais le premier à protester. Je-ne-sais-plus-qui a dit, en paraphrasant quelqu’un-dont-il-avait-oublié-le-nom : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrais pour que vous puissiez le dire. »

par Antinoüs publié dans : Homosexualité et société
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