CHALCIDICVM

Je suis né en 1975. Mon principal trait de caractère : l'hypersensibilité. Qualité que j'apprécie chez autrui : l'honnêteté. Occupation préférée : la lecture. Rêve de bonheur : passer ma vie auprès d'Hadrien. Couleur que je préfère : lavande. Animal préféré : le chat. Ce que je déteste par-dessus tout : le bruit. Don que je voudrais avoir : celui de me rendre invisible.
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Il y a actuellement  1  curieux errant dans mon Sanctuaire. Faut vraiment n'avoir que ça à faire !
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Quoi qu'il en soit, soyez les bienvenus, je vous souhaite un doux moment en ma compagnie.
Antinoüs

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ANDRON

HORTVS

Si vous aimez ce Sanctuaire, visitez aussi Le Temple d'Hadrien, mon empereur bien-aimé.templehadrien.JPG

Mercredi 18 octobre 2006

Malgré les théories sur la sexualité de Sigmund Freud au début du siècle dernier, et bien que ces théories soient reconnues par tous les spécialistes de l’esprit humain dont le nom de la profession commence par « psy », il y a encore, paraît-il, des gens qui doutent de l’existence de la sexualité infantile. Il suffit pourtant à chacun de nous de franchir les barrières mentales de notre mémoire, pour nous rappeler que, tout petit déjà, nous avions une sexualité. Pour ceux qui n’ont jamais lu Freud, entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’une sexualité au sens où nous l’employons pour nous, adultes ou adolescents, mais plutôt d’une découverte du plaisir sensuel, pas nécessairement focalisé sur les organes génitaux.

A quand remonte mon premier souvenir sensuel ? Si je vous raconte que la sage-femme qui m’a mis au monde était un homme et que, une fois mon premier cri poussé, je tombais en pâmoison devant lui, vous ne me croirez pas. Et vous aurez raison. En matière de sensualité, ma mémoire ne remontera pas au-delà de l’école maternelle. J’avais alors de 3 à 5 ans, mon programme télévisé favori était L’Île aux enfants, et mon activité la plus notable de l’époque fut la fabrication d’une affreuse empreinte en plâtre de ma main peinturlurée avec un goût qui ferait vomir le plus scribouillard des peintres contemporains exposés au Centre Pompidou. J’avais un copain qui s’appelait Olivier. Prodige de la mémoire : alors que je ne sais plus ce que j’ai mangé hier, je me rappelle encore son patronyme, que je tairais ici par discrétion.

Je ne sais plus à quoi nous jouions autour du bac à sable de la cour de récréation, mais je me rappelle qu’assez souvent, l’un proposait à l’autre d’aller « faire pipi ensemble », ce qui d’un commun accord impliquait le rituel suivant. Seuls aux toilettes (où était la maîtresse censée nous surveiller ?), nous urinions côte à côte dans la même cuvette, nous observant l’un l’autre avec attention. Puis, ses cheveux blonds mi-longs mêlés à mes cheveux châtain clair, mi-longs également - nous étions à la fin des années 70 - nous nous touchions mutuellement ce que nous appelions encore « zizis », avec une délicatesse de diamantaires auscultant les pierres les plus précieuses au monde. Il faut croire que la volupté que cela nous procurait était grande puisque, plusieurs fois par jour, nous nous lancions un « On va faire pipi ensemble ? », et que jamais l’un ne répondit non à l’autre.

Je fus séparé d’Olivier après la maternelle. Cependant, nous habitions la même ville et nous nous croisions régulièrement dans une rue ou une autre. Nous faisions comme si nous ne nous étions jamais connus, sans doute honteux du secret que nous partagions : honte provoquée par une institutrice qui nous surprit un jour dans les toilettes, nous expliqua que ce que nous faisions était « dégoûtant » et « interdit », nous punit, et veilla à ce que plus jamais Olivier et moi allions aux toilettes en même temps. Enfants, je pense que nous savions pourquoi nous baissions la tête en nous croisant en ville, puis le temps fit son œuvre et nous nous ignorions sans nous rappeler la raison de notre gêne commune.

Il me fallut attendre d’avoir une vingtaine d’années et de le rencontrer après de nombreux mois sans l’avoir vu, pour oser lui dire « Bonjour ». Nous échangeâmes des banalités, sur nos études à la fac, notamment. Puis, en le quittant, tout redevint clair en ma mémoire, et je me demandai si, lui aussi, se souvenait de ce que nous faisions dans les toilettes de la maternelle. Après mes études, j’ai déménagé et ne l’ai jamais revu. Au moment où j’écris ces lignes, je me dis qu’il est peut-être aujourd’hui un « honorable » père de famille, mais que ce souvenir sensuel passe quelquefois en son esprit, tel Zéphire, le vent rapide comme l’éclair, chassant pendant un bref instant les éventuels nuages de son quotidien.

© Antinoüs. Ce texte ne peut être reproduit sur aucun support autre que ce présent blog sans mon autorisation explicite. Merci.

par Antinoüs publié dans : Autobiographie
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