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Il y a actuellement  2  curieux errant dans mon Sanctuaire.

LATRINA commentaires

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HORTVS

CVBICVLVM

Vendredi 17 novembre 2006

Cet article est peut-être le plus difficile que j’aurai à écrire, puisqu’il pourrait remettre en cause les fondations de mon sanctuaire.

A la mi-septembre, c’était un mardi, j’étais en train de faire cours à une classe de 3è, composée d’éléments disons « agités », au risque de vous livrer le plus gros euphémisme qui ait jamais existé. Il faut savoir que l’idée d’être bordélisé m’est insupportable et que, de ce fait, je suis connu au collège (tant auprès des profs qu’auprès des élèves) pour être sévère et pratiquer une politique « tolérance zéro » (Sarkozy sors de mon corps, je te l’ordonne). Ce que je veux dire, c’est que j’attends toujours que mes élèves me respectent et respectent mes cours, et je me montre intransigeant là-dessus.

Ce jour-là, tandis qu’une élève me posait une question à propos de quelque chose qu’elle n’avait pas bien compris, un autre s’est mis à rire à gorge déployée. Dans la dimension où je vis depuis que j’enseigne, je l’aurais « cassé » et lui aurais pris son carnet pour le sanctionner. Mais, soudain, j’ai été projeté dans une autre dimension, pas la quatrième, mais une dimension dans laquelle je devenais transparent et muet. Quelque chose s’est brusquement brisé en moi. Cela n’avait rien à voir avec cet élève ou avec ce genre de situation que j’ai géré des dizaines (centaines ?) de fois. Non, ça n’avait rien à voir. A la stupéfaction des élèves, qui en général m’aiment bien mais qui savent aussi qu’avec moi il y a des limites qu’on ne franchit pas, je me suis contenté de regarder benoîtement l’élève trublion, puis j’ai continué mon cours jusqu’à ce que ça sonne, avec dans la classe une agitation grandissante due au dérapage que je n’avais pas maîtrisé. J’ai fait mon cours comme si la classe était vide. Lorsqu’ils sont tous sortis, c’était la récréation, j’ai fermé la porte de ma salle, me suis assis à mon bureau, et j’ai pleuré.

Le lendemain, j’étais incapable de retourner au collège. A partir de ce jour, c'est la dégringolade. Impossible de répondre au téléphone, impossible de sortir faire des courses. Les gens me faisaient peur. Je ne pouvais adresser la parole à qui que ce fût. Mon psychiatre m’a arrêté, m’a mis sous fluoxétine (molécule du Prozac, antidépresseur célèbre) et sous Lexomil (anxiolitique) – permettez que je cite les marques, pour le coup où les labo m’enverraient des caisses gratuites – et nous avons entrepris un psychothérapie. Ce n’était pas la première fois que je voyais un psy (notamment celui-là), mais jusqu’à présent c’était pour soigner des dépressions qui se résorbaient au bout de quelques semaines grâce aux médicaments. Les semaines se sont écoulées, mon état ne s’arrangeait pas. Cette fois, c’était du sérieux, j‘avais vraiment pété un plomb.

Très vite je me suis senti frustré, car j’aime communiquer, or j’étais incapable de le faire face à face, ni même au téléphone. J’ai alors eu l’idée de découvrir ce qu’était un blog. J’ai très vite accroché à ceux de Butterfly et de Lyloo, laissé des commentaires, leur ai envoyé des e-mails pour les féliciter de la qualité de leur travail. Ils m’ont répondu très aimablement, et Lyloo, après quelques jours, m’a proposé de créer mon blog (avait-il senti que j’en avais besoin ?). Je n’ai pas hésité longtemps, non pour me lamenter sur moi-même et faire part de ma souffrance à des inconnus, mais pour faire ce que j’ai toujours aimé : distraire, amuser la galerie !

Voilà pourquoi cet article que je suis en train d’écrire me fait peur : il se pose en porte-à-faux avec ce que je veux faire de ce blog : un sanctuaire où l’on vient passer quelques minutes par jour pour se détendre et oublier ses soucis. Je crains que vous ne le désertiez, en pensant « Oh ! Le lourdingue ! Il peut pas garder pour lui ses petites misères, on a chacun les nôtres ». J’ai peur aussi d’être jugé : je sais que des gens ne considèrent pas comme maladie ce qui est de l’ordre du psychisme. Cette incompréhension se manifeste généralement par ces fameux mots : « Allez ! Tu as tout pour être heureux. Pense à ces gens qui vivent dans des pays en guerre. Secoue-toi, un bon coup de pied au cul et ça ira mieux ! ». Imagine-t-on faire ce genre de remarques à quelqu’un qui lutte contre une grave maladie physique ?

A l’heure où j’écris ces mots, je vais nettement mieux qu’au mois de septembre, j’arrive à parler aux gens (la peur au ventre, certes), mais selon mon psy, je ne dois pas envisager reprendre le chemin de l’école tout de suite : « Votre profession n’est pas vraiment adéquate à la fragilité qui est encore la vôtre pour le moment. » Il faut dire que je n’ai pas seulement à gérer des élèves de banlieue parisienne, mais aussi un chef d’établissement tyrannique et son adjoint irrespectueux (pour ne pas dire grossier) à l’égard des enseignants. Mais, ça, c’est une autre histoire. Bref, d’un commun accord avec mon psy, on va se fixer la rentrée de janvier : ce sera le début du deuxième trimestre : tout neuf, tout beau, on efface tout et on recommence. N.B. Je ne laisserai pas tomber la blogosphère pour autant, mais j’aurai forcément moins de temps à y consacrer.

Que me reste-t-il à vous confier dans cet article que j’illustrerai d'un garçon légèrement dévêtu (sur un divan, pour rester quand même dans l’ambiance) afin de le rendre plus gai ? Pourquoi ai-je craqué ? Pourquoi cette dépression est-elle plus sévère que celles déjà connues (et auxquelles je ferai inévitablement allusion dans mon autobiographie, en les abordant autant que possible sous un angle... humoristique) ? Eh bien, jusqu’à présent, je n’avais jamais réellement suivi de psychothérapie car je m’autocensurais face aux psychiatres. Or, pour moi qui ai lu Freud, j’aurais dû m’attendre à ce qu’un jour ou l’autre, ce que je refoulais au fin fond de mon esprit me sautât au visage : ce qui s’est passé ce fameux mardi de septembre. Ce que je refoulais ? J’y ai fait allusion dans le chapitre II de mon autobiographie, sans rentrer dans les détails car, encore une fois, je veux que ce blog soit un sanctuaire pour vous (et pour moi).

Ouf ! Me voilà libéré d’un poids ! Il n’y a pire vice à mes yeux que la malhonnêteté et le mensonge ! Or, j’ai sympathisé (par écrit) avec certains d’entre vous, et je craignais de ne pas être sincère en ne vous expliquant pas pourquoi j’avais autant de temps à consacrer à mon blog et aux vôtres. De plus, certains m’ont déjà proposé que nous nous rencontrions (en tout bien tout honneur, s’entend), et je ne concevais pas d’accepter en temps qu’Antinoüs. Maintenant s’ils sont toujours d’accord et qu’ils ne craignent pas de rencontrer Napoléon avec un entonnoir sur la tête, nous pourrons y songer plus sérieusement ;-)

Je voudrais finir en remerciant... ma mère (désolé, chassez le naturel, il revient au galop, je ne peux pas m’empêcher de faire de l’humour, même noir).

Non sérieusement : merci Hadrien pour ton soutien et ta patience, ça n’aura pas été facile pour toi. Tu sais que si tu as besoin de moi, je serai là également : nous sommes ensemble pour le meilleur et pour le pire, pas besoin d’être mariés pour cela, l’amour suffit. Merci aussi à mes visiteurs les plus fidèles avec qui j’ai eu (et j’aurai encore s’ils le souhaitent) des échanges épistolaires et qui se reconnaîtront : sans le savoir, ils m’ont permis de ne pas me retrouver seul, isolé chez moi, pendant les longues journées où Hadrien était au boulot. Ce trophée, c’est un peu le vôtre. Oups ! pardon, j’ai cru être un instant à la remise des Césars !

La parenthèse est fermée, je remets mon nez rouge et réinvestis ce sanctuaire de sa mission première : vous divertir...

Bon, c’est pas tout ça, mais faut que j’organise mon évasion de l’île d’Elbe, moi. Mais où ai-je mis ce bon sang d’entonnoir ?!

par Antinoüs publié dans : Journal intime
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Commentaires

Mais pourquoi donc crois-tu que cet article puisse remettre en cause les fondations de ton sanctuaire ?? Ne penses-tu pas qu'il s'agit là d'une anticipation sur un futur chapitre de ton autobiographie, tout simplement ? Ce que tu racontes là ne doit pas être interprété comme  un "aveu" car tu n'es coupable de rien et celui qui le considère quand même ainsi n'a rien compris.


Tu mésestimes ton lectorat si tu crois lui paraître lourdingue : tu n'es pas le seul et cet article est plutôt cool comparé à d'autres publications dans la "catégorie psy" sur d'autres blogs (les gays doivent-ils tous passer par la dépression ?...).


Courage ! ;-)

commentaire n° : 1 posté par : Bodyguard le: 17/11/2006 10:49:10

Loin de moi l’idée de mésestimer mon lectorat ! C’est plutôt un manque de confiance en moi et non en mes lecteurs qui m’a poussé à ces réflexions.

Non, tous les gays ne sont pas nécessairement dépressifs. Dans notre société, je crois que ça touche surtout ceux dont l’épanouissement sexuel a été entravé par les milieux familial ou social...

Merci beaucoup pour tes encouragements, toi qui as bien choisi ton pseudo pour l’occasion ;-)

réponse de : AntinoÌs (site web) le: 17/11/2006 11:43:58

Je sais, j'ai dit que je faisais une pause...mais....commenter me semble incontournable !


Je pense que le blog représente une thérapie, c'est exact. Moi, je sais très bien que le moindre psy digne de ce nom dirait, à la lecture de mon blog, que je déprime sérieusement. C'est un fait et certains de mes lecteurs l'ont déjà remarqué et m'ont même conseillé de consulter. Si je ne le fais pas, c'est parce que je suis persuadé que je n'apprendrais rien de plus que je ne sache déjà sur ma situation et que toutes les clés sont en moi, accessibles avec un peu de volonté.


Tu n'es pas lourdingue, ni faible, tu as craqué psychologiquement à la suite d'un événement particulier qui a peut-être été la goutte de trop dans ton vase... Personne n'est autorisé à te juger ! Certains ne comprendront pas, d'autres si.


Si ce blog te fait réellement du bien alors tu peux être rassuré sur ton lectorat, il lui fait souvent du bien aussi....

commentaire n° : 2 posté par : Martin (site web) le: 17/11/2006 11:41:51
Je suis d’autant plus touché par tes encouragements, Martin, que pour me les prodiguer tu es sorti de ta retraite dont tu as pourtant besoin...
réponse de : AntinoÌs (site web) le: 17/11/2006 11:49:35
Tu n'es pas lourdingue bien au contraire. Tu es sincère et vrai la preuve avec ce post.Et tu nous laisses entrer dans ton sanctuaire.Et pour ton évasion de l'île d'Elbe demande au capitaine Martin de venir te cherche avec son bateau maintenant qu'il a le permis.
commentaire n° : 3 posté par : Christophe le: 17/11/2006 16:04:14
J’attendais qu’il me le proposât : un empereur ne quémande pas des faveurs ;-)
réponse de : AntinoÌs (site web) le: 17/11/2006 16:18:14

salut, je suis tombé sur ton blog par hasard.Ton post n\\\'a rien de lourdingue je n\\\'y vois que l\\\'expression  honête d\\\'une personne qui as du faire face à des evenements. nous pouvons passé du temps au repentir a dire qu\\\'il existe sous d\\\'autres lattitudes des gens qui ont une vie pire où meilleures, ce genre de raisonement ne tiens pas la route nous sommes des individus uniques chacun avec sa force ses besoins et sa manifestation propre face aux autres et a lui même.


Je trouve ta demarche  honête et courageuse continue je te souhaite  l\\\'accomplissement  de tes rêves.

commentaire n° : 4 posté par : mehdi le: 17/11/2006 17:13:30
Merci beaucoup Mehdi ! Sois le bienvenu sur mon blog. J
réponse de : AntinoÌs (site web) le: 17/11/2006 17:58:11

Cet article, bien loin de déparer l'ensemble, n'en est qu'une nouvelle ramure, qui complète par petite touche le portrait "vrai" d'Antinoüs, entre l'intime et le public.


Un moment de sincérité qui, hélas, éveille des échos et des souvenirs, notamment quand tu parles d'une administration pas à la hauteur (j'ai connu un principal qui insultait ses enseignants :"séniles", "petit fonctionnaire borné", et,... çà c'était pour moi, accusé de défendre les idées d'extrême-droite en matière d'éducation!!!,;  si on rajoute les élèves à gérer là-dessus, il est logique que çà finisse par craquer.


Tu aurais dû demander à Ségolène de venir te remplacer; suis sûr qu'elle aurait accepté avec enthousiasme de faire 35 heures avec tes "monstres".

commentaire n° : 5 posté par : jerem (site web) le: 17/11/2006 17:16:10
C’est vrai que tu es bien placé, Jerem, pour savoir en quoi notre profession peut s’avérer impraticable dans une situation comme la mienne... Merci pour ton commentaire !
réponse de : AntinoÌs (site web) le: 17/11/2006 18:00:46
Je passe comme tous les soirs sur ton blog, et vois ce que tu appelles masque à défaire...perso je dirai que chacun a un masque dans la vie.. face a ses superieurs, ses collègues.., et quelquefois même ses amis ce qui est plus triste car en ce cas ils ne le sont pas vraiment...., car si l'on se sent obligé de le faire c'est que l'on a pas une confiance si forte en leur jugement... ce petit interméde fait hum ! je reprends mon élan... et t'assure que si il y a blog c'est justement pour y retirer le masque que l'on peut avoir dans la vie.. et y inscrire ces évenements, qui soient nous font peur, nous rendent joyeux, ou triste... de façon aussi a partager.. et voir l'intervention des autres par leur commentaire ce qui peut aider quelquefois du moins a mon avis a discuter de points qui peuvent même etre génant... donc... ton blog reste LE sanctuaire comme je te l'ai déja dit et perso ce sera toujours un plaisir de te lire ou depassé le virtuel .. !!! 
biz a toi et a ton hadrien !!
PS. pourrai tu retirer la pancarte de ton choupinou stp !!!
commentaire n° : 6 posté par : lance (site web) le: 17/11/2006 21:04:48
Oui, tu as raison de me mettre les points sur les « i » concernant l’utilisation d’un blog : c’est évidemment fait pour ça, pour s’exprimer, dire tout ce qu’on tait dans la vie de tous les jours. Pour te remercier de ton commentaire, je prépare immédiatement une petite Lettre d’info avec le choupinou... sans la pancarte ;-)
réponse de : AntinoÌs (site web) le: 17/11/2006 21:56:20
Aucun masque ne tombe. C'est avec beaucoup de surprise que j'ai lu ce post, mais, finalement, ton honnêteté t'honore ! Il paraît que je ne me livre pas assez sur le mien... Mais la vision que tes lecteurs ont de toi se construit, au fur et à mesure, et c'est bien cela qui compte. Continue à nous divertir ! continue aussi à nous parler, à échanger... :-)
commentaire n° : 7 posté par : Papillon (site web) le: 17/11/2006 21:17:31
Merci d’insister sur le côté honnête de mon entreprise. Et merci, tout court...
réponse de : AntinoÌs (site web) le: 17/11/2006 21:57:50
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