Je suis né en 1975. Mon principal trait de caractère :
l'hypersensibilité. Qualité que j'apprécie chez autrui : l'honnêteté. Occupation préférée : la lecture. Rêve de bonheur : passer ma vie
auprès d'Hadrien. Couleur que je préfère : lavande. Animal préféré : le chat. Ce que je déteste par-dessus tout : le
bruit. Don que je voudrais avoir : celui de me rendre invisible.
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Il y a actuellement 1 curieux errant dans mon Sanctuaire. Faut vraiment n'avoir que ça à faire !
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Quoi qu'il en soit, soyez les bienvenus, je vous souhaite un doux moment en ma compagnie.
Antinoüs
Si vous aimez ce Sanctuaire, visitez aussi Le Temple d'Hadrien, mon empereur bien-aimé.
Cet article est peut-être le plus difficile que j’aurai à écrire, puisqu’il pourrait remettre en cause les fondations de mon sanctuaire.
A la mi-septembre, c’était un mardi, j’étais en train de faire cours à une classe de 3è, composée d’éléments disons « agités », au risque de vous livrer le plus gros euphémisme qui ait jamais existé. Il faut savoir que l’idée d’être bordélisé m’est insupportable et que, de ce fait, je suis connu au collège (tant auprès des profs qu’auprès des élèves) pour être sévère et pratiquer une politique « tolérance zéro » (Sarkozy sors de mon corps, je te l’ordonne). Ce que je veux dire, c’est que j’attends toujours que mes élèves me respectent et respectent mes cours, et je me montre intransigeant là-dessus.
Ce jour-là, tandis qu’une élève me posait une question à propos de quelque chose qu’elle n’avait pas bien compris, un autre s’est mis à rire à gorge déployée. Dans la dimension où je vis depuis que j’enseigne, je l’aurais « cassé » et lui aurais pris son carnet pour le sanctionner. Mais, soudain, j’ai été projeté dans une autre dimension, pas la quatrième, mais une dimension dans laquelle je devenais transparent et muet. Quelque chose s’est brusquement brisé en moi. Cela n’avait rien à voir avec cet élève ou avec ce genre de situation que j’ai géré des dizaines (centaines ?) de fois. Non, ça n’avait rien à voir. A la stupéfaction des élèves, qui en général m’aiment bien mais qui savent aussi qu’avec moi il y a des limites qu’on ne franchit pas, je me suis contenté de regarder benoîtement l’élève trublion, puis j’ai continué mon cours jusqu’à ce que ça sonne, avec dans la classe une agitation grandissante due au dérapage que je n’avais pas maîtrisé. J’ai fait mon cours comme si la classe était vide. Lorsqu’ils sont tous sortis, c’était la récréation, j’ai fermé la porte de ma salle, me suis assis à mon bureau, et j’ai pleuré.
Le lendemain, j’étais incapable de retourner au collège. A partir de ce jour, c'est la dégringolade. Impossible de répondre au téléphone, impossible de sortir faire des courses. Les gens me faisaient peur. Je ne pouvais adresser la parole à qui que ce fût. Mon psychiatre m’a arrêté, m’a mis sous fluoxétine (molécule du Prozac, antidépresseur célèbre) et sous Lexomil (anxiolitique) – permettez que je cite les marques, pour le coup où les labo m’enverraient des caisses gratuites – et nous avons entrepris un psychothérapie. Ce n’était pas la première fois que je voyais un psy (notamment celui-là), mais jusqu’à présent c’était pour soigner des dépressions qui se résorbaient au bout de quelques semaines grâce aux médicaments. Les semaines se sont écoulées, mon état ne s’arrangeait pas. Cette fois, c’était du sérieux, j‘avais vraiment pété un plomb.
Très vite je me suis senti frustré, car j’aime communiquer, or j’étais incapable de le faire face à face, ni même au téléphone. J’ai alors eu l’idée de découvrir ce qu’était un blog. J’ai très vite accroché à ceux de Butterfly et de Lyloo, laissé des commentaires, leur ai envoyé des e-mails pour les féliciter de la qualité de leur travail. Ils m’ont répondu très aimablement, et Lyloo, après quelques jours, m’a proposé de créer mon blog (avait-il senti que j’en avais besoin ?). Je n’ai pas hésité longtemps, non pour me lamenter sur moi-même et faire part de ma souffrance à des inconnus, mais pour faire ce que j’ai toujours aimé : distraire, amuser la galerie !
Voilà pourquoi cet article que je suis en train d’écrire me fait peur : il se pose en porte-à-faux avec ce que je veux faire de ce blog : un sanctuaire où l’on vient passer quelques minutes par jour pour se détendre et oublier ses soucis. Je crains que vous ne le désertiez, en pensant « Oh ! Le lourdingue ! Il peut pas garder pour lui ses petites misères, on a chacun les nôtres ». J’ai peur aussi d’être jugé : je sais que des gens ne considèrent pas comme maladie ce qui est de l’ordre du psychisme. Cette incompréhension se manifeste généralement par ces fameux mots : « Allez ! Tu as tout pour être heureux. Pense à ces gens qui vivent dans des pays en guerre. Secoue-toi, un bon coup de pied au cul et ça ira mieux ! ». Imagine-t-on faire ce genre de remarques à quelqu’un qui lutte contre une grave maladie physique ?
A l’heure où j’écris ces mots, je vais nettement mieux qu’au mois de septembre, j’arrive à parler aux gens (la peur au ventre, certes), mais selon mon psy, je ne dois pas envisager reprendre le chemin de l’école tout de suite : « Votre profession n’est pas vraiment adéquate à la fragilité qui est encore la vôtre pour le moment. » Il faut dire que je n’ai pas seulement à gérer des élèves de banlieue parisienne, mais aussi un chef d’établissement tyrannique et son adjoint irrespectueux (pour ne pas dire grossier) à l’égard des enseignants. Mais, ça, c’est une autre histoire. Bref, d’un commun accord avec mon psy, on va se fixer la rentrée de janvier : ce sera le début du deuxième trimestre : tout neuf, tout beau, on efface tout et on recommence. N.B. Je ne laisserai pas tomber la blogosphère pour autant, mais j’aurai forcément moins de temps à y consacrer.
Que me
reste-t-il à vous confier dans cet article que j’illustrerai d'un garçon légèrement dévêtu (sur un divan, pour rester quand même dans l’ambiance) afin de le rendre plus gai ?
Pourquoi ai-je craqué ? Pourquoi cette dépression est-elle plus sévère que celles déjà connues (et auxquelles je ferai inévitablement allusion dans mon autobiographie, en
les abordant autant que possible sous un angle... humoristique) ? Eh bien, jusqu’à présent, je n’avais jamais réellement suivi de psychothérapie car je m’autocensurais face aux psychiatres.
Or, pour moi qui ai lu Freud, j’aurais dû m’attendre à ce qu’un jour ou l’autre, ce que je refoulais au fin fond de mon esprit me sautât au visage : ce qui s’est passé ce fameux mardi de
septembre. Ce que je refoulais ? J’y ai fait allusion dans le chapitre II de mon autobiographie, sans rentrer dans les détails car, encore une fois, je veux que ce blog soit
un sanctuaire pour vous (et pour moi).
Ouf ! Me voilà libéré d’un poids ! Il n’y a pire vice à mes yeux que la malhonnêteté et le mensonge ! Or, j’ai sympathisé (par écrit) avec certains d’entre vous, et je craignais de ne pas être sincère en ne vous expliquant pas pourquoi j’avais autant de temps à consacrer à mon blog et aux vôtres. De plus, certains m’ont déjà proposé que nous nous rencontrions (en tout bien tout honneur, s’entend), et je ne concevais pas d’accepter en temps qu’Antinoüs. Maintenant s’ils sont toujours d’accord et qu’ils ne craignent pas de rencontrer Napoléon avec un entonnoir sur la tête, nous pourrons y songer plus sérieusement ;-)
Je voudrais finir en remerciant... ma mère (désolé, chassez le naturel, il revient au galop, je ne peux pas m’empêcher de faire de l’humour, même noir).
Non sérieusement : merci Hadrien pour ton soutien et ta patience, ça n’aura pas été facile pour toi. Tu sais que si tu as besoin de moi, je serai là également : nous sommes ensemble pour le meilleur et pour le pire, pas besoin d’être mariés pour cela, l’amour suffit. Merci aussi à mes visiteurs les plus fidèles avec qui j’ai eu (et j’aurai encore s’ils le souhaitent) des échanges épistolaires et qui se reconnaîtront : sans le savoir, ils m’ont permis de ne pas me retrouver seul, isolé chez moi, pendant les longues journées où Hadrien était au boulot. Ce trophée, c’est un peu le vôtre. Oups ! pardon, j’ai cru être un instant à la remise des Césars !
La parenthèse est fermée, je remets mon nez rouge et réinvestis ce sanctuaire de sa mission première : vous divertir...
Bon, c’est pas tout ça, mais faut que j’organise mon évasion de l’île d’Elbe, moi. Mais où ai-je mis ce bon sang d’entonnoir ?!
LATRINA commentaires