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HORTVS

CVBICVLVM

Mercredi 22 novembre 2006

A 31 ans, j’ai craqué (lire Sous le masque d’Antinoüs...). Après trois décennies à vivre sous la pression du poids du passé, j’ai décidé de renaître, de devenir un homme neuf, sûr de lui, jouissant de chaque instant de la vie. Pour cela, je suis prêt à tout : je prends un antidépresseur en quantité maximale et un anxiolitique, je suis une psychothérapie qui me fait pleurer comme une madeleine pendant et après chaque séance, je prends de l’homéopathie, j’ai recours à la phytothérapie et à l’écriture autobiographique, et aujourd’hui j’ai essayé... l’acupuncture ! J’en sors, là.

Le Dr. R. est une femme calme, souriante, posée et reposante. Elle s’exprime d’une voix douce comme le miel, à un rythme qui paraîtrait lent à un fumeur de cannabis quotidien. Qui devinerait qu’à côté de son cabinet, juste derrière le mur sur lequel est affichée la photo d’un petit chaton au milieu de pâquerettes baignée de rosée, se situe une antichambre de torture Sado-masochiste ? Après un long entretien dans lequel je lui expose mes quelques rares problèmes psy et autres (j’ai la rate qui se dilate, j’ai le foie qui n’est pas droit, j’ai le ventre qui se rentre, j’ai le pylore qui se colore, j’ai le gosier anémié, l’estomac bien trop bas et les côtes bien trop hautes, etc.), elle m’y emmène (dans l’antichambre S.M., suivez ce que je dis au lieu de chantonner bêtement), me fait retirer quelques vêtements et allonger sur tiens-comment-ça-s’appelle-cette-espèce-de-long-fauteuil-chez-les-médecins-? avant de brandir ses aiguilles sous mon nez. Non pas des aiguilles à tricoter (y en a qui suivent, décidément, c’est un bonheur), mais à acupuncter. Elle me les plante çà et là, m’expliquant à chaque fois à quoi correspond le point visé.

- Dans le poignet, là, c’est contre les spasmes et la douleur en générale. On va faire en sorte que Hadrien n’ait plus à appeler SOS Médecins en pleine nuit. Vous êtes détendus ?

- Très.

- Là, juste au-dessus du pubis, c’est pour les émotions liées aux traumatismes du passé. Ca va ?

- Très.

- Bon, j’avais prévu de vous en mettre encore quelques unes, mais pour la première fois, ça va aller. Je vous laisse, je reviens vous voir tout à l’heure. Détendez-vous.

- Très.

A peine est-elle sortie, que je commence à compter : 11 ! J’ai onze aiguilles dans le corps ! Non. J’oublie les quatre que je ne vois pas parce qu’elles sont sur mon visage : 15 ! Et je n’ai rien senti, à peine de légers picotements ! Ainsi on peut donc vous planter des aiguilles dans le corps sans que vous souffriez ! Et si elle avait fait de moi une poupée vaudou vivante ? Peut-être m’a-t-elle relié à quelqu’un qui, en ce moment même souffre atrocement à chaque point où elle m’a piqué ? Je redresse légèrement la tête : pas de pentacle tracé sur le sol. Je me lèverais bien pour aller m’assurer qu’à la porte de son ravissant pavillon de banlieue n’est pas cloué un poulet mort auquel je n’aurais pris garde en arrivant. Mais si je sors comme ça, les gens que je vais rencontrer vont se mettre à hurler, comme dans les films d’horreur des années 50-60 : les femmes se tiendront la tête, la bouche grande ouverte. Au fait, a-t-on retrouvé Le Cri de Munch, il me semble qu’il avait été volé, non ? Bref, ça n’a rien à voir. Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé (impossible de prendre ma montre dans la poche de mon pantalon sans risquer de me retrouver avec les stigmates du Christ), je dirais une demi-heure.

- Alors, vous vous sentez plus détendu que tout à l’heure ? me demande-t-elle, toujours souriante, en retirant les aiguilles une à une.

- Ben, je ne sais pas. Vous savez, je ne sais pas ce que c’est que d’être détendu, je manque d’expérience.

- Vous me raconterez la semaine prochaine ce que vous avez ressenti après. Ca nous permettra des ajustements.

La semaine prochaine ? C’est vrai que j’ai pris rendez-vous, déjà, je me suis engagé (une fois par semaine sur plusieurs mois), j’ai pas signé avec mon sang, mais bon. Je referme derrière mois le petit portail de son jardin. Il n’y avait décidément pas de poulet, elle cache bien son jeu.

Je marche dans la rue et là... quelle n’est pas ma surprise en prenant conscience que je respire ! Je n’en prends pas seulement conscience, j’y prends plaisir ! Ca peut vous paraître con, mais stressé et sous pression comme je l’ai toujours été, je ne sais pas respirer : j’ai le souffle court, saccadé. Là, en marchant, sans avoir besoin de me forcer (lorsque je fais de la gym, 95% de ma concentration – statistiques produites par l’INSERM – sont placés dans la respiration), sans me forcer, dis-je, je respire à plein poumons, et je trouve ça bon. Quant aux couleurs automnales, elles me paraissent plus belles qu’en arrivant : je n’avais pas remarqué cet érable rougissant en venant... Je me sens... détendu ? Sont-ce des symptômes de la détente ? Si oui, c’est top cool !

Bon, l’effet est déjà fini, là, c’est pourquoi je vous écris des conneries sur mon blog au lieu d’aller en forêt siffler avec les oiseaux, danser avec les écureuil et me faire éventrer par un sanglier. C’est donc avec plaisir que je me rendrai à mes prochaines séances d’acupuncture, même si, maintenant je le sais, dans une vie postérieure, je n’aimerais pas être un hérisson.

Le titre de mon article ? Ben quoi, je vous ai bien raconté la première fois que je suis allé chez un acupuncteur, non ? Vous vous attendiez à quoi ?

par Antinoüs publié dans : Santé
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Commentaires

Elles diffusaient pas du produit les aiguilles ? Parce que là c'est Peace and Love. Et l'éléphant rose tu ne l'as pas vu dans la forêt? Yo Man, cool Man.
commentaire n° : 1 posté par : Christophe (site web) le: 22/11/2006 16:27:34
Oui, Christophe, c'est ce que je me suis demandé ! :-D
commentaire n° : 2 posté par : Mister H le: 22/11/2006 16:34:02

Grrr! des aiguilles !!! enfin, le principal, c'est que cela te procure un mieux-être; mais n'en abuse pas quand même, parce que déjà tu commences à voir des choses .... étranges, looool!

commentaire n° : 3 posté par : jerem (site web) le: 22/11/2006 17:02:12

Christophe, Mister H et Jerem : qu’y a t-il de bizarre dans ce que je décris ? Les érables sont bien rouges en ce moments, non ? ;-)

réponse de : AntinoÌs (site web) le: 24/11/2006 11:10:51

J'en plante souvent des aiguilles et parfois on me dit : "ah quel bonheur, je n'ai rien senti.. !


Après je fais du boudin.


Pour ce qui me concerne, peut-être que si je n'ai pas le temps d'être incinéré avant qu'un acupuncteur stagiaire nécrophile ne s'exerce sur mon cadavre frais et tout raide de partout, jamais de ma vie je n'accepterai qu'on me plante des aiguilles sur le visage et au dessus du pubis !

commentaire n° : 4 posté par : Matelot Vampire des Carpates (site web) le: 22/11/2006 17:49:28

Rassure-toi, quand j’écris « dans le corps », c’est une façon de parler, elles sont enfoncées très superficiellement. Et il ne faut pas imaginer des aiguilles à coudre : elles sont super fines...

Sinon, pas la peine d'approcher : j'ai mangé de l'aïl...

réponse de : AntinoÌs (site web) le: 24/11/2006 11:14:14
Moi j'ai trouvé assez tentant la façon dont tu le présentes. Ca m'a toujours intrigué mais de là à essayer, il reste un pas (et puis je n'ai pas de raison particulière).
commentaire n° : 5 posté par : Joss petit brun (site web) le: 22/11/2006 18:21:36
Pas encore essayé cela je crois qu'en ce moment il m'en faudrait pas mal ...ou alors question : Peut on s'en servir comme fléchettes ??? J'ai quelqu'un a viser....
commentaire n° : 6 posté par : lance (site web) le: 23/11/2006 09:12:12

Joss et Lance : il faut avoir un ou des problème(s) physiologique(s) ou psychologique(s) pour avoir recours à l’acupuncture. Ce n’est effectivement pas un loisir comme le tennis ou le poker ;-)

Et, non, les aiguilles ne peuvent pas servir de fléchettes : pas assez lourdes (je sais j’ai essayé sur mon chat – vais encore avoir la SPA sur le dos, moi).

réponse de : AntinoÌs (site web) le: 24/11/2006 11:19:16
Moi je suis adepte des médecines douces, et donc de l'acupuncture, depuis longtemps. Et c'est vrai que ça règle de nombreux problèmes. Les massages shiatsu (ça m'a détendu la nuque et les épales quasiment à vie en deux séances) et l'ostéopathie (adieu scoliose), mais alors que pour l'acupuncture le risque de tomber sur un charlatan est quasi nul, autant pour le shiatsu, c'est courant.
commentaire n° : 7 posté par : martin jeune (site web) le: 23/11/2006 09:29:33
L’ostéopathie, j’en ai entendu beaucoup de bien. Je n’y avais pas encore pensé...
réponse de : AntinoÌs (site web) le: 24/11/2006 11:21:26
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