Il y a actuellement 1 curieux errant dans mon Sanctuaire.
A 31 ans, j’ai craqué (lire Sous le masque d’Antinoüs...). Après trois décennies à vivre sous la pression du poids du passé, j’ai décidé de renaître, de devenir un homme neuf, sûr de lui, jouissant de chaque instant de la vie. Pour cela, je suis prêt à tout : je prends un antidépresseur en quantité maximale et un anxiolitique, je suis une psychothérapie qui me fait pleurer comme une madeleine pendant et après chaque séance, je prends de l’homéopathie, j’ai recours à la phytothérapie et à l’écriture autobiographique, et aujourd’hui j’ai essayé... l’acupuncture ! J’en sors, là.
Le Dr. R. est une femme calme, souriante, posée et reposante. Elle s’exprime d’une voix douce comme le miel, à un rythme qui paraîtrait lent à un fumeur de cannabis quotidien. Qui devinerait qu’à côté de son cabinet, juste derrière le mur sur lequel est affichée la photo d’un petit chaton au milieu de pâquerettes baignée de rosée, se situe une antichambre de torture Sado-masochiste ? Après un long entretien dans lequel je lui expose mes quelques rares problèmes psy et autres (j’ai la rate qui se dilate, j’ai le foie qui n’est pas droit, j’ai le ventre qui se rentre, j’ai le pylore qui se colore, j’ai le gosier anémié, l’estomac bien trop bas et les côtes bien trop hautes, etc.), elle m’y emmène (dans l’antichambre S.M., suivez ce que je dis au lieu de chantonner bêtement), me fait retirer quelques vêtements et allonger sur tiens-comment-ça-s’appelle-cette-espèce-de-long-fauteuil-chez-les-médecins-? avant de brandir ses aiguilles sous mon nez. Non pas des aiguilles à tricoter (y en a qui suivent, décidément, c’est un bonheur), mais à acupuncter. Elle me les plante çà et là, m’expliquant à chaque fois à quoi correspond le point visé.
- Dans le poignet, là, c’est contre les spasmes et la douleur en générale. On va faire en sorte que Hadrien n’ait plus à appeler SOS Médecins en pleine nuit. Vous êtes détendus ?
- Très.
- Là, juste au-dessus du pubis, c’est pour les émotions liées aux traumatismes du passé. Ca va ?
- Très.
- Bon, j’avais prévu de vous en mettre encore quelques unes, mais pour la première fois, ça va aller. Je vous laisse, je reviens vous voir tout à l’heure. Détendez-vous.
- Très.
A peine est-elle sortie, que je commence à compter : 11 ! J’ai onze aiguilles dans le corps ! Non. J’oublie les quatre que je ne vois pas parce qu’elles sont sur mon
visage : 15 ! Et je n’ai rien senti, à peine de légers picotements ! Ainsi on peut donc vous planter des aiguilles dans le corps sans que vous
souffriez ! Et si elle avait fait de moi une poupée vaudou vivante ? Peut-être m’a-t-elle relié à quelqu’un qui, en ce moment même souffre atrocement à chaque point où elle m’a
piqué ? Je redresse légèrement la tête : pas de pentacle tracé sur le sol. Je me lèverais bien pour aller m’assurer qu’à la porte de son ravissant pavillon de banlieue n’est pas cloué
un poulet mort auquel je n’aurais pris garde en arrivant. Mais si je sors comme ça, les gens que je vais rencontrer vont se mettre à hurler, comme dans les films d’horreur des années 50-60 :
les femmes se tiendront la tête, la bouche grande ouverte. Au fait, a-t-on retrouvé Le Cri de Munch, il me semble qu’il avait été volé, non ? Bref, ça n’a rien à voir. Je ne sais pas combien
de temps s’est écoulé (impossible de prendre ma montre dans la poche de mon pantalon sans risquer de me retrouver avec les stigmates du Christ), je dirais une demi-heure.
- Alors, vous vous sentez plus détendu que tout à l’heure ? me demande-t-elle, toujours souriante, en retirant les aiguilles une à une.
- Ben, je ne sais pas. Vous savez, je ne sais pas ce que c’est que d’être détendu, je manque d’expérience.
- Vous me raconterez la semaine prochaine ce que vous avez ressenti après. Ca nous permettra des ajustements.
La semaine prochaine ? C’est vrai que j’ai pris rendez-vous, déjà, je me suis engagé (une fois par semaine sur plusieurs mois), j’ai pas signé avec mon sang, mais bon. Je referme derrière mois le petit portail de son jardin. Il n’y avait décidément pas de poulet, elle cache bien son jeu.
Je marche dans la rue et là... quelle n’est pas ma surprise en prenant conscience que je respire ! Je n’en prends pas seulement conscience, j’y prends plaisir ! Ca peut vous paraître con, mais stressé et sous pression comme je l’ai toujours été, je ne sais pas respirer : j’ai le souffle court, saccadé. Là, en marchant, sans avoir besoin de me forcer (lorsque je fais de la gym, 95% de ma concentration – statistiques produites par l’INSERM – sont placés dans la respiration), sans me forcer, dis-je, je respire à plein poumons, et je trouve ça bon. Quant aux couleurs automnales, elles me paraissent plus belles qu’en arrivant : je n’avais pas remarqué cet érable rougissant en venant... Je me sens... détendu ? Sont-ce des symptômes de la détente ? Si oui, c’est top cool !
Bon, l’effet est déjà fini, là, c’est pourquoi je vous écris des conneries sur mon blog au lieu d’aller en forêt siffler avec les oiseaux, danser avec les écureuil et me faire éventrer par un sanglier. C’est donc avec plaisir que je me rendrai à mes prochaines séances d’acupuncture, même si, maintenant je le sais, dans une vie postérieure, je n’aimerais pas être un hérisson.
Le titre de mon article ? Ben quoi, je vous ai bien raconté la première fois que je suis allé chez un acupuncteur, non ? Vous vous attendiez à quoi ?
LATRINA commentaires