Si je me suis permis ce petit pastiche innocent, c'est parce que j'aime la Bible, en temps
que texte littéraire. Si elle peut paraître irrespectueuse, en réalité cette nouvelle ne m'a été inspirée que par mon esprit fantaisiste, sans aucune arrière-pensée revancharde à
l'égard d'une religion qui m'a rejeté uniquement parce que mon âme-soeur est un homme.
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Traditionnellement, dans la Bible de Jérusalem, une semaine de six jours est nécessaire à Dieu pour créer le monde, à chaque
jour correspondant un sixième de la Création. Plus schématiquement encore, on peut distinguer deux temps.
Le premier, qui s’étend sur les quatre jours initiaux, est consacré à une œuvre de séparation : Dieu sépare la lumière
des ténèbres, le ciel de la mer, la mer de la terre, puis le jour de la nuit. Le second temps, qui s’étend sur les cinquième et sixième jours, est consacré à une œuvre de rassemblement :
Dieu rassemble dans la mer tous les êtres vivants qui grouillent dans les eaux, dans le ciel tous les oiseaux qui volent contre le firmament, et sur la terre tous les bestiaux, les bestioles et
les bêtes sauvages qui, comme les poissons et les oiseaux, seront dominés par l’ultime créature de Dieu, faite à son image, couronnement de la Création : l’homme.
Il convient ici de parler du jour suivant car, enfin, une semaine judéo-chrétienne ne comporte pas six jours, mais
sept.
Ce septième jour est bien embarassant puisque, habituellement, on le justifie par la prétendue fatigue de Dieu? En effet,qui
n’a jamais entendu dire que le créateur s’était reposé ce jour-là ? Quelle énormité ! Comment ? Dieu, qui est tout puissant, aurait eu besoin d’une journée pour récupérer ? Et
pourquoi pas des congés payés ? Non. En se référant, dans un regain d’Humanisme, à la Bible-même, sans avoir recours au prisme déformant de l’institutrice ou de l’émission télévisée à but
pédagogique, on lira, non pas que Dieu au septième jour se repose, mais qu’il chôme. Il chôme. Il glandouille, il ne branle rien, si vous préférez. Pas parce qu’il est épuisé, mais parce que le
septième jour, il décide de ne rien faire. Tout simplement. Quel mal y a-t-il à cela ? Dieu ne peut-il s’autoriser quelque chose que l’homme ne se refuse jamais à la moindre
occasion ?
Mais, justement, revenons à l’homme.
Dieu, qui se passionnait pour la poterie depuis qu’il avait vu le film Ghost (il connaissait tout de l’avenir, est-ce
nécessaire de le préciser ?) dans lequel Patrick Swaze et Demi Moore s’en donnent à cœur joie avec une tour de potier, Dieu, dis-je, modela l’homme (Adam en hébreux) avec de la glaise du
sol. Pour faire de lui un être vivant, il lui insuffla dans les narines son haleine ; heureusement, à cette époque, Dieu n’était pas encore alcoolique.
Ensuite, il créa un merveilleux parc pour y faire vivre Adam : il y avait des manèges, une grande roue, des animaux (des
vrais, pas avec des gens sous-payés à l’intérieur) et, en son milieu, l’arbre de la connaissance du bien et du mal (c’est-à-dire un bête pommier).
Dieu dit à Adam : « Tu peux becter tous les fruits des arbres du parc. Mais t’as pas intérêt à toucher à mon
pommier, sinon t’oir ta gueule ! »
Puis il pensa : « Je me ferais bien un barbecue, moi. » Alors il fit tomber une torpeur sur Adam, qui
s’endormit – ce fut en quelque sorte la première anesthésie de l’histoire de l’humanité. Le Saigneur prit une des côtes du dormeur en salivant, et referma la chair. La côte lui sembla bien
maigre, et il décida, faute de mieux, de se rabattre sur un cochon qui passait par là. Ne sachant plus que faire de la côte d’Adam, il la transforma en un second homme qui tiendrait lieu de
compagnon à Adam – ce fut en quelque sorte le premier clone de l’histoire de l’humanité.
En le voyant, Adam s’écria : « Tu t’appelleras Evain, du verbe « haya » qui signifie « vivre »,
car je sens que tu es un bon vivant et qu’on va bien se marrer tous les deux ! » Dès lors les deux hommes, nus, passèrent leurs jours et leurs nuits à forniquer ensemble comme des
cochons, au risque de se faire piquer leurs côtes par l’Autre.
Tout allait pour le mieux, c’était le paradis, lorsque le serpent, le plus rusé des animaux que Dieu avait créés, dit un jour
à Evain : « Alors, comme ça Dieu a dit que vous ne deviez pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance ? Quel rat ! En fait, il veut tout garder pour
lui. » Furieux d’entendre parler ainsi de son maître, Evain se jeta sur le serpent et lui arracha les pattes en criant : « Connard ! Je vais te faire marcher sur le ventre, tu
vas bouffer de la terre ! »
Adam qui assistait à toute la scène entendit, avec terreur, le pas de Dieu qui se promenait dans le parc pour profiter de la
brise matinale.
En voyant Evain, les pattes du serpent à la main, Dieu s’écria : « Tu quoque, fili ! » (Toi aussi, mon
fils, pour les non-latinistes). Evain lui dit : « C’est le serpent qui a commencé ». Alors, Dieu trancha les parties d’Evain et lui dit : « Parce que tu m’as défié en
faisant justice toi-même, je te condamne à être une femme, Eve ! Votre petite tranquillité, à Adam et à toi, est finie : vous ne pourrez plus faire l’amour sans engendrer d’autres
humains ».
A Adam, Dieu dit : « Parce que tu as laissé Evain mutiler une de mes créatures, je te condamne au
travail : pour trouver subsistance tu devras prendre le métro tous les jours et faire des heures supplémentaires pour ne pas être viré. Tu seras si stressé qu’à trente ans tu auras des
pellicules, à quarante ans tu ne banderas qu'avec difficulté, et à cinquante ans tu crèveras d’un infarctus du myocarde » .
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C’est ainsi que le pauvre Adam, ayant perdu son joyeux et luxurieux compagnon,
fut chassé du parc d’attraction le plus chouette qui eût jamais existé, embarrassé d’une femme.
© Antinoüs. Ce texte ne peut être reproduit sur aucun support autre que ce présent blog sans mon
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Merci.
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