L’émission de France 3 consacrée à la sexualité, diffusée il y a environ quelques jours, m’a sacrément déçu. Sans
doute parce que je ne suis pas une femme. En effet, les intervenants et présentateurs (sympathiques, au demeurant) avaient tendance à s’étendre davantage sur les aspects de la sexualité féminine
que sur des préoccupations plus masculines. Ce n’est sans doute pas une mauvaise chose, le sexe des femmes ayant longtemps été tabou dans nos sociétés machistes, mais le résultat, c’est que je
suis resté sur ma faim ! J'espérais que seraient abordés des thèmes par lesquels Hadrien et moi nous sentirions un peu concernés... Alors, comme il faut tout faire soi-même, je vous propose
d’aborder ensemble certains sujets à propos desquels vos témoignages, questions ou réponses permettront d’éclairer nos réflexions aux uns et aux autres.
Aujourd’hui, nous parlerons des fantasmes érotiques (pour ceux qui auraient déjà oublié le titre de cet article).
A tort, on résume souvent les fantasmes à des scènes sexuelles déjà vues ou bien imaginées que l’on se repasserait sur son écran psychique perso. Il me semble que c’est bien plus complexe que ça.
Le fantasme peut être une sensation, une impression fugace, une idée abtraite ou encore un sentiment. Quelquefois, le
fantasme est si peu scénarisé que nous avons à peine conscience de sa présence dans notre esprit. Mais, oui, tout le monde a des fantasmes, puisque l’imaginaire de tout à chacun
fonctionne ! Seulement, pour certains, les fantasmes n’ont pas de contenus mettant en scène la sexualité génitale, ce qui les laisse penser qu’ils n’ont pas de fantasmes
érotiques...
De plus, de nombreux fantasmes s’éloignent considérablement de ce que nous pensons être nos aspirations : fantasmes de viol, de soumission, de violence... Il ne faut pas
s’en étonner ! Je vous rappelle que Freud nous a permis d’entrevoir un monde dont nous connaissons peu de choses : l’inconscient. Nos fantasmes sont
l’expression plus ou moins déformée de nos désirs qui y sont refoulés, des désirs inconnus à notre conscience, donc. Avant de s’inspirer des expériences de notre adolescence, nos
fantasmes prennent leurs racines dans notre vécu infantile (plus ou moins oublié), dans les processus qui ont conduit à la formation de notre personnalité, alors même que nous ignorions avoir une
sexualité. Par conséquent, l’écart monumental qui existe entre nos aspirations et ceux qui se dissimulent derrière nos fantasmes ne doit pas nous inquiéter : si ces
désirs ont été refoulés dans l’inconscient, c’est justement parce que nous les considérons comme incompatibles avec notre façon de nous concevoir. Par exemple : je suis un
chef né, j’aspire à diriger et pourtant, je suis très excité à l’idée qu’on m’attache et qu’on me soumette. Rien de plus normal : c’est parce que ce désir est antagoniste à mon aspiration à
commander qu’il est rejeté au-delà de ma frontière consciente et qu’il n’existe qu’à l’état de fantasme. Il n’y a donc pas incompatibilité fantasme/aspirations, mais fonctionnement
« normal » du psychisme. Si ces fantasmes apparaissent, c’est que la barrière mentale érigée pour qu’ils ne perturbent pas la vie consciente n’est pas complètement
hermétique (comme l’a montré Freud)... mais malgré tout suffisante pour que nos désirs inconscients se cantonnent au monde de l’imaginaire.
De même, quand les fantasmes s’éloignent fortement des normes en vigueur (pédophilie, scénarii de mutilations physiques, sadisme, etc.), il ne faut pas y voir le signe
d’une anomalie,ni en avoir peur. Ces fantasmes, que nous considérons à tort comme « hors normes », ne diffèrent pas dans leur constitution des fantasmes que nous
qualifierons de plus anodins. Ils prennent leur source dans notre petite enfance et expriment des désirs inconscients plus ou moins déformés par des processus psychiques défensifs.
« Déformés », là réside la clef du mystère : ce n’est pas parce que, dans mon fantasme, mon voisin menace ma virilité avec une paire de tenailles que je désire
réellement être castré ! Notre cerveau est capable d’exprimer des désirs refoulés de façon totalement indéchiffrable (même pour un psy). Bref, ce qui excite n’inclut
pas nécessairement l’envie d’un passage à l’acte.
Ce qui nous amène à la question suivante : faut–il réaliser ses fantasmes ? D’emblée, s’il s’agit de fantasmes « hors normes » comme précités, la réponse
est absolument non. Et si vous êtes obsédés par l’idée de passer à l’acte, cela relève de la pathologie et nécessite de consulter un thérapeute avant de finir à l’hôpital et/ou
en prison. Dans tous les autres cas, il n’y a pas de réponse universelle, et notre attitude peut se résumer en quatre cas de figures.
1° Je n’y pense pas vraiment et cela me paraît irréalisable, puisque mes fantasmes sont incompatibles avec ma pudeur, mes tabous. Et puis, je n’en vois pas l’intérêt car si j’ai des problèmes
dans ma sexualité, la solution est sûrement ailleurs. Mes fantasmes ont donc leur place dans mon imaginaire et je ne vois aucune raison de modifier
cela.
2° J’y pense parfois, mais je ne suis pas sûr du résultat. Est-ce que l’excitation sera là ? Est-ce que cela plaira à mon partenaire ? J’hésite car j’éprouve des
impressions difficiles à nommer. Le mieux : en parler avec son partenaire au préalable et ne pas foncer tête baissée ; il ne faut pas jouer avec ses fantasmes à la
légère, d’autant plus que ceux-ci peuvent disparaître après avoir été réalisés... Or, ils jouent un rôle nécessaire de stimulants dans ma vie sexuelle.
3° Je l’ai déjà fait et j’en suis très content. La question ne se pose donc plus.
4° Je l’ai déjà fait. La question ne se pose donc plus.Cependant, je me la pose quand même en lisant l’article d’Antinoüs. C’est peut-être que la réalisation de mes fantasmes ne m’a pas
apporté que du plaisir, mais aussi un certain malaise. Ca vaut le coup que je prenne le temps d’y réfléchir. Sans doute qu’en en parlant plus librement avec mon partenaire, ce sentiment
disparaîtra.
Effectivement, la communication est la clef de voûte du couple, on le sait. Mais, faut-il forcément raconter ses fantasmes à son partenaire ? Le fait même de se poser cette
question indique que cela ne va pas de soi. Avec son conjoint, il est naturel de parler de son passé, de sa famille, de ses sentiments, de ses désirs conscients, etc., mais de ses fantasmes, là,
c’est une autre paire de manches ! On peut vouloir en parler pour être plus proche de l’autre, entendre l’autre en parler pour mieux le connaître. Oui, mais, comme nous
l’avons dit plus haut, la signification des fantasmes érotiques est difficilement accessible et l’incompréhension et la gêne peuvent résulter des ces « aveux ». Sur ce
point, pas de réponse unique, donc : chacun sentira ses limites et celles de son partenaire.
Voilà ce que j’avais à dire sur les fantasmes. Pour aujourd’hui, du moins, parce que le sujet est vaste. Et vous ? Avez-vous de l’eau à apporter au moulin ? Une remarque ? Une
question ? Une anecdote ? Un témoignage sulfureux ? A vos commentaires !
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